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Jeudi 20 juin 2013 4 20 /06 /Juin /2013 14:13




Qui est donc cet Œdipe dont le nom a fini par devenir celui d’un complexe ? Cité à tout bout de champ, à tort ou à raison, on se persuaderait presque de le connaître sans en avoir lu la légende. Sophocle nous apprendra-t-il quelque chose de plus que nous ne savions pas encore ?


Le plus grand défaut d’Œdipe Roi est peut-être son succès. Tout le monde connaît la conclusion de l’histoire : Œdipe a tué son père, épousé sa mère, il se percera les yeux et sera banni de la cité. En revanche, on connaît moins l’histoire qui précède ces révélations. C’est sur ce point précisément que l’Œdipe Roi de Sophocle est intrigant.


La peste s’est abattue sur Thèbes. En cette époque où tous les maux ont une origine divine, un prêtre et des enfants viennent supplier le roi Œdipe de combattre le coupable de ce châtiment, comme il avait auparavant su vaincre Sphinx. Œdipe envoie son beau-frère Créon consulter l’Oracle de Delphes pour en apprendre davantage. Le verdict tombe : les dieux sont courroucés par la mort de Laïos et ne seront pas en paix tant que son meurtrier ne sera pas découvert. A cette étape-là de l’intrigue, nous avons déjà tous deviné la nature du coupable. Tirésias le devin intervient alors pour suggérer à Œdipe, à demi-mot, qu’il serait peut-être bien responsable de la colère des dieux… Malheur au devin ! Œdipe s’insurge, pense à une machination de Créon pour s’emparer du trône, et refuse de croire aux prédictions. Jocaste, la femme d’Œdipe, en rajoute et lui conseille de ne pas accorder trop de crédit à ces oiseaux de mauvais augure. Pour le rassurer, elle prend en exemple un oracle reçu jadis par son ancien époux Laïos : il devait mourir assassiné par un enfant né de leur union, mais il fut finalement tué par des étrangers au cours d’un déplacement, et le seul enfant né de Laïos et Jocaste avait été abandonné sur le mont Cithéron dès sa naissance. Rassuré, mon petit Œdipe ? Plus tellement…


Œdipe se souvient que jadis, l’Oracle de Delphes lui avait révélé qu’il n’était pas le vrai fils de Polybe et de Mérope, et qu’il serait un jour coupable de parricide et d’inceste. Ne réfléchissant pas à la contradiction, Œdipe avait alors décidé de fuir ses parents pour ne pas accomplir les deux dernières prédictions. Chemin faisant, il avait subi une altercation avec une troupe d’hommes de laquelle il était sorti victorieux, massacrant toute âme qui vive. La vérité continue de cheminer avec les témoignages d’un messager puis d’un berger. Ce dernier finira par avouer qu’il a récupéré l’enfant abandonné par Jocaste et Laïos, et que cet enfant n’est autre qu’Œdipe. Grand fracas ! A présent, nous connaissons tous la suite de l’histoire : Œdipe n’est pas le fils de Polybe et de Mérope. Il est l’enfant de Laïos, qu’il a assassiné au cours de sa fuite, et l’enfant de Jocaste, qu’il a épousée et dont il a eu deux filles. Là où Œdipe et Jocaste, en bons précurseurs de Freud, auraient simplement pu tomber dans la névrose, ils préfèrent avoir recours aux expédients les plus extrêmes : Jocaste se pend et Œdipe se perce les yeux avec les épingles des vêtements de Jocaste.





Pour mieux apprécier cette histoire, il faut encore une fois se projeter loin dans le temps et imaginer être un spectateur qui découvre pour la première fois Œdipe Roi. On imagine que l’intérêt pris pour la progression de l’intrigue doit être beaucoup plus grand que le nôtre, puisque nous connaissons déjà sa résolution. Est-ce un plaisir pour Sophocle de mettre en scène des rois qui doivent à chaque fois apprendre l’humilité et la soumission à des forces qui leur sont supérieures ? Il se permet ainsi de nous glisser une petite leçon de morale qui fait toutefois pâle figure face aux détournements sordides empruntés par son esprit créateur.


Prise en elle-même, cette pièce n’est intrigante que pour ceux qui ne connaissent pas le mythe d’Œdipe. Elle est distrayante car sans cesse rythmée par les sentiments et les impulsions démesurés de ses personnages, mais ralentie par des complications dramatiques qui semblent parfois gratuites. Si Œdipe Roi n’était inventé qu’aujourd’hui, nous n’en dirions sans doute pas grand-chose, mais si cette pièce n’avait pas été créée plus tôt, notre héritage culturel serait radicalement différent. Peut-être parce que je louche un peu trop, il me semble reconnaître dans cette pièce tous les fondements qui ont permis à de nombreux auteurs postérieurs de fonder ou de contester leurs hypothèses concernant le destin, et c’est pourquoi Œdipe Roi est finalement le plus fascinant.





Jocaste a écrit:
«Faut-il se tourmenter sans trêve ? L’homme est l’esclave du hasard ; il ne peut rien prévoir à coup sûr. Le mieux est de s’en remettre à la fortune le plus qu’on peut. La menace de l’inceste ne doit pas t’effrayer : plus d’un mortel a partagé en songe le lit de sa mère. Pour qui sait surmonter ces frayeurs, comme la vie est plus simple ! »




* Bénigne Gagneraux, Œdipe aveugle recommandant ses enfants aux dieux
* Max Ernst, Œdipe Roi

Par Colimasson - Publié dans : Livre - Communauté : Roman science fiction
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Mercredi 19 juin 2013 3 19 /06 /Juin /2013 14:52



On se croirait chez Kafka. L’ambiance visuelle semble presque plagier l’auteur et pourtant, Kafka n’a jamais accompagné ses livres d’illustrations. Peut-être alors pense-t-on plutôt à l’adaptation cinématographique du « Procès » réalisé par Orson Welles…


Malgré ces ressemblances, le personnage de l’Origine ne se prénomme pas K. mais Julius Corentin Acquefacques. Il n’est pas non plus comptable –bien qu’il travaille dans l’administration et que son rôle ne soit pas des moindres. Au Ministère de l’Humour, il est chargé de mettre à jour le glossaire des blagues et des incongruités tandis que dans d’autres recoins du Ministère de l’Humour, une assemblée d’employés se réunit quotidiennement pour voter l’ajout et le retrait de certaines blagues de ce glossaire.


Un matin, Julius Corentin Acquefacques reçoit un pli contenant une planche de bande dessinée. Rien que de très banal ? A s’y pencher de plus près, cette planche représente en fait la scène que vient de vivre Julius, pensées comprises ! Et surtout, elle porte un titre mystérieux… l’Origine. Dans le monde bidimensionnel de la bande dessinée, ce terme n’existe pas et Julius Corentin Acquefacques va potasser plusieurs dictionnaires et rencontrer plusieurs spécialistes avant de comprendre la signification de ce mot. Entre temps, les planches qu’il reçoit continuent à se succéder au cours de la journée dans des situations plus incongrues les unes que les autres –surpassant parfois Kafka dans l’absurde d’un univers dépersonnalisé, fourmillant, labyrinthique : en un mot angoissant. Ces planches ne se contentent plus désormais de représenter des situations passées mais se font le plaisir de représenter l’avenir, emportant dans leur sillage ces fameuses impressions de déjà-vu que tout le monde connaît.





Comme K., Julius Corentin Acquefacques est un solitaire que sa solitude ne dérange pas. Ce choix de vie s’avèrera finalement être moins anodin qu’il n’y paraît et en apprenant qu’il est le motif de la construction du monde dans lequel il vit –et que nous tenons entre nos mains-, Julius comprend que sa condition n’aurait pas pu s’accorder avec celle d’un autre personnage qui aurait fini par devenir aussi primordial que lui. Avec l’aide d’un scientifique éclairé, Julius Corentin Acquefacques s’initie aux subtilités du concept d’’Origine, un mot qui n’a de sens que dans le monde tridimensionnel et qui est aussi obscur pour lui que les lois de la physique quantique le sont pour la plupart d’entre nous. Il découvre également l’anti-case, dont il peine à comprendre le fonctionnement, et pour en éclairer la pertinence lorsque nous nous élevons à un degré supérieur de la dimension, Marc-Antoine Mathieu la concrétise subtilement dans son album. On aurait envie de rire et de secouer Julius Corentin Acquefacques pour lui faire comprendre l’évidence de ce concept si nous n’étions pas nous-mêmes dépassés par d’autres phénomènes complexes de la science physique –antimatière en tête.





Marc-Antoine Mathieu nous démontre en quelques planches que l’incompréhension du monde que nous habitons consiste justement en ce que nous l’habitons. A l’image de Julius Corentin Acquefacques qui pense en deux dimensions, ce que nous ne comprenons pas est déterminé par notre vision du monde tridimensionnel. La mise en abyme est convaincante, loin d’être simpliste, et couronnée par l’humour glacial du personnage. Ne reste plus qu’à espérer que notre créateur soit aussi talentueux que Marc-Antoine Mathieu…


Citation:
Notre monde est le reflet, la projection émanant d’une entité vivant dans ce monde tridimensionnel. Certains grands penseurs affirment que toutes les recherches et découvertes que nous effectuons sont illusoires car elles-mêmes seraient prévues et feraient partie du projet… Projet voulu par cette « entité créatrice ».


Par Colimasson - Publié dans : Bande dessinée
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Mardi 18 juin 2013 2 18 /06 /Juin /2013 14:19



Même si Eminem crève l’affiche, 8 mile n’a pas pour vocation de retracer le parcours du rappeur. Certains éléments de la vie de « B-Rabbit » Smith Jr. s’inspirent certes de son existence –la résidence misérable qu’il partage avec sa mère et sa sœur, son travail à l’usine de tôle de voitures, l’antagonisme des populations séparées par la route 8 Mile…- mais le doute plane sur la véracité de certains évènements plus pathétiques –bastons, peines d’amour, difficultés financières et violence générale. A ce sujet, Eminem reste distant, précisant seulement que la réalité se situe parfois bien au-deçà des évènements montrés dans le film, et parfois bien au-delà.





Une fois que l’on sait cela, 8 Mile cesse d’être un film dont l’unique objectif serait de dresser un portrait stupidement admiratif d’Eminem. Ainsi, les catastrophes qui s’amoncellent sur ses épaules retrouvent de leur indépendance. On ne les imagine plus seulement justifiées par le besoin de prouver qu’Eminem est un martyr moderne dans la pure tradition judéo-chrétienne, mais par le besoin de représenter une certaine réalité de la vie autour de 8 Mile. Il n’empêche, la morale de l’histoire reste quand même très catégorique et fait l’apologie des bonnes vieilles valeurs du rêve américain –ce qui n’a pas que des désavantages car elle permet au film d’éviter l’écueil d’un surplus de violence gratuite (mais s’éloigne-t-on alors de la réalité ?)





Mais en évoquant tout cela, je n’aurais pas évoqué l’aspect le plus séduisant d’8 Mile qui consiste en sa créativité et en sa verve endiablée. Il faut laisser entendre les sonorités de la langue originale, quitte à s’aider des sous-titres, pour comprendre le talent nécessaire à la pratique des batailles locales de rap organisées par David Future Porter. Les enjeux et les antagonismes se révèlent et se règlent sur cette scène, dans la vision idéalisée d’une guerre clanique qui trouverait sa résolution dans les mots et dans la musique. On se laisse facilement persuader, pour peu que l’on ait un peu d’affinité avec cette musique –et plus particulièrement avec celle d’Eminem.

Par Colimasson - Publié dans : Film
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Mardi 18 juin 2013 2 18 /06 /Juin /2013 14:07




L’effet bœuf pourrait être cette triste blague du serveur qui pose devant vous une assiette en fanfaronnant : « Voici votre côte de bœuf ! » S’il savait… et si nous savions !


« Du bœuf ? Ce n’est certainement pas ce qui se trouve dans l’assiette que l’on a posée devant vous. Il y a 95% de chances pour que ce soit de la vache issue d’un troupeau allaitant ou laitier. Le « bœuf », c’est un terme générique qui amuse la galerie et qui fait bon chic, bon genre. »


Bon. Mais alors, que deviennent les bœufs qui naissent malgré tout sur le territoire ? On se doute bien qu’ils ne jouissent pas du privilège de passer une vie de pacha tandis que leurs semblables femelles se font presser la mamelle avant de passer à l’abattoir ! En fait, nos bœufs français voyagent et finissent en Italie, au Maghreb ou en Turquie car, si on devait les élever pour en faire de la viande, ils « atteindraient des taux records de collagène ». Traduction : « ça donne de la semelle ». En centre de vacances, la production s’est spécialisée pour faire grandir ces animaux le plus rapidement possible et pour des coûts dérisoires. La viande n’a aucune qualité gustative, ce qui ne dérange absolument personne lorsqu’on la destine aux fast-foods ou aux plats préparés, par exemple.


Yves-Marie Le Bourdonnec, boucher réputé, déplore la composition du cheptel bovin français. Comme nous avons tout misé sur l’industrie de la vache laitière, les vaches à viande disparaissent peu à peu et parmi les rares restantes, certaines constituent de véritables aberrations génétiques constituées uniquement pour la rentabilité financière et absolument pas pour le goût.


Dans l’exercice de sa profession, Yves-Marie Le Bourdonnec dit avoir toujours accordé énormément d’importance à la provenance de sa viande. Ce n’est pas une question de charte ou de label (« Les labels, ces inventions des industriels, ne sont rien d’autres que des paravents. Ils ne garantissent que des cahiers de charges, des origines, des races pures, qui ne sont pas des outils pour atteindre l’excellence. ») mais une question d’implication personnelle. Quelle meilleure façon de s’assurer de la qualité d’un élevage qu’en rencontrant l’éleveur et en parlant avec lui ? Pour Yves-Marie Le Bourdonnec, la réussite dépend d’un critère majeur : « La clé est de revenir aux origines : et si les vaches mangeaient de l’herbe ? ». Et de nous citer Christian Valette qui bichonne ses quelques 120 vaches Aubrac au foin et au tourteau de lin, avec quelques séances de thalassothérapie pour les aider à lutter contre le stress. Démarche intéressée bien sûr puisque le bien-être de l’animal prime uniquement pour la recherche du bon goût. Lorsque le plaisir humain est mis en jeu, les élevages peuvent rapidement prendre des allures de « Ferme Célébrité ». Nous sommes bien loin de l’image de ces élevages inhumains qu’on s’évertue à nous décrire et à filmer depuis quelques années. Pragmatique, et même s’il engage à diminuer sa consommation de viande hebdomadaire pour privilégier la qualité et y mettre le coût, Yves-Marie Le Bourdonnec se moque toutefois doucement des puristes végétariens. L’élevage rapide à base d’antibiotiques tel que décrit dans Faut-il manger des animaux de J. S. Foer ? Pour les bovins, il n’existe qu’aux Etats-Unis. Et de faire un petit tour des élevages les plus ignobles du monde, en passant également par le Brésil.


Etats-Unis, nation du paradoxe, c’est également ici qu’Yves-Marie Le Bourdonnec a rencontré les bouchers les plus respectueux de leur profession. Regroupés sous le nom de « Neo-butchers », ils se rapprochent des locavores et du mouvement Slow Food pour privilégier la bonne bidoche au détriment des économies. Leurs vaches gambadent gaiement dans les prés et sont nourries exclusivement d’herbe et de foin. Il paraît que ça existe vraiment, Yves-Marie Le Bourdonnec l’a vu. Et pour que cet Effet Bœuf parvienne jusqu’en France, il a créé une association « I Love Bidoche » à travers laquelle il espère faire entendre son message. Il s’agit d’encourager les bouchers à renouer le lien avec les éleveurs pour lutter contre l’hégémonie des grandes surfaces et des marques nationales (au passage, on en apprendra de belles sur la marque Charal) et de raisonner les consommateurs en leur faisant comprendre que prix avantageux et qualité gustative ne font pas bon ménage.


On comprend que l’objectif d’Yves-Marie Le Bourdonnec est de convaincre rapidement. Certains points de son argumentation restent donc obscurs et on aurait aimé en savoir davantage, notamment concernant la sélection génétique des vaches françaises. En revanche, d’autres informations sont régulièrement répétées au cours de différents chapitres très brefs et donnent l’impression de lire plusieurs fois le même texte. Mais n’y aurait-il pas un peu de manipulation derrière ce manifeste ? Si Yves-Marie Le Bourdonnec dédramatise la condition bovine et assainit l’image du boucher, il semble toutefois oublier que le rôle de ce dernier ne consiste pas uniquement à vendre de la viande bovine. Oui, les bouchers consciencieux sont une voie de salut plus recommandable que les grandes surfaces, mais quid de la viande de volaille ou de porc, dont l’auteur se moque ouvertement en début d’ouvrage ?


Lorsque la recherche de la qualité gustative d’une viande devient primordiale, les éleveurs deviennent respectueux de leur élevage –et les bouchers se mettent à écrire. L’effet bœuf permettra au lecteur de découvrir une facette de l’élevage mal connue mais on sent que les intérêts financiers ne sont jamais bien loin et pour s’en préserver, il faudra toujours garder en tête que le discours d’Yves-Marie Le Bourdonnec n’est pas totalement impartial.



 
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Yves-Marie Le Bourdonnec en bonne compagnie




La condamnation de Charal a écrit:
« La supercherie de la marque Charal a fonctionné à merveille dans les grandes surfaces. Du pain béni pour sa maison mère, Bigard/ Socopa. Une stratégie malicieusement réfléchie pour berner les dindons de la farce : les consommateurs. Ils ont lancé cette marque en utilisant une quantité astronomique de vaches laitières, ces pisseuses de lait qui ressemblent à des toiles de tente et dont vous retrouvez la viande bon marché et de piètre qualité en promotion dans les supermarchés, dans la restauration collective, les fast-foods… Elle a créé de toutes pièces une image de qualité en nous faisant avaler qu’on achèterait de la très bonne viande. Ne leur restait plus qu’à inonder les rayons avec les côtes, les entrecôtes, les faux-filets…qui flirtent avec le bas de gamme. Des carcasses qui coûtent entre 500 et 700 euros quand une vache à viande comme la limousine peut coûter 3000 euros. / Comment a-t-on pu naïvement penser qu’on avait affaire à de la viande de très haute qualité ? Tout simplement parce qu’elle était vendue extrêmement cher. Le prix n’a jamais été une assurance ! »


Par Colimasson - Publié dans : Livre - Communauté : Roman science fiction
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Lundi 17 juin 2013 1 17 /06 /Juin /2013 13:59



Icare attise toutes les convoitises…
Dès sa naissance, incapable de faire comme tout le monde, il s’est envolé dans les airs dès que son cordon ombilical fut coupé. Un peu plus de discrétion lui aurait peut-être permis de mener une vie relativement tranquille et anonyme, mais le gouvernement est aussitôt informé de ce miracle qui ne le laisse pas indifférent. Précisons que l’histoire se situe dans un futur indéterminé dans lequel, une fois n’est pas coutume, la population se sépare en différentes castes. Celle des hommes-éprouvettes inquiète particulièrement le gouvernement. Eprouvée par sa condition misérable, cette catégorie d’hommes rejetés a récemment tenté de se rebeller en provoquant sans relâche des attentats. Icare, le bébé volant, apparaît alors comme le premier prototype d’une nouvelle caste d’hommes qui permettrait de combattre efficacement ces terroristes. Icare est arraché à sa mère, enfermé dans une serre adaptée à sa taille et observé nuit et jour par des scientifiques.



Le développement d’Icare n’intéresse ni Moebius, ni Taniguchi. Un beau jour, l’homme-volant se déploie devant nos yeux du haut de ses vingt ans. Bien que confiné dans sa serre, il semble heureux car il n’a aucune idée de ce que peut être le monde à l’extérieur et de ce dont les scientifiques et le gouvernement le privent. Alors que la zoologiste Yukiko croit égayer un peu son quotidien en lui apportant un couple d’oiseaux, Icare prend brusquement conscience de sa condition. C’est autour de son sentiment d’injustice et de la rébellion qu’il tentera de mener à bien en compagnie de Yukiko que Moebius et Taniguchi se concentrent particulièrement.



L’état d’esprit de la bande dessinée Icare semble relever davantage des inspirations traditionnelles de Moebius que de celles de Taniguchi, mais l’apport de ce dernier au dessin n’est pas négligeable et donne naissance à une œuvre hybride : du Moebius version Taniguchi –la réciproque marche aussi. Malheureusement, la collaboration semble entraver chacun dans les particularités de son style et donne un travail qui ne semble qu’à moitié abouti. L’aspect science-fictionnel de Moebius est bâclé : on ne sait que très peu de choses concernant cette société qui veut s’accaparer le talent d’un Icare et la rébellion de ce dernier est résumée à un décevant combat entre les forces du Bien et du Mal. L’aspect psychologique propre à Taniguchi n’est pas approfondi : les motivations des personnages sont troubles et aucun d’entre eux n’est particulièrement attachant. Même Icare et Yukiko, censés incarner les « forces du Bien », paraissent ridicules, et ce n’est pas le peu de phrases qu’ils prononcent dans cet ouvrage de plus de deux cent pages qui nous convaincront du contraire : « C’est mignon. C’est mignon, les oiseaux. Mes frères ».

Cet Icare est toutefois sauvé par la beauté de ses dessins. Taniguchi, toujours aussi professionnel pour mettre en place des univers qui lui sont propres, crée des plans quasi-cinématographiques du plus bel aspect. Même si l’on est souvent tenté de se moquer des niaiseries et des simplicités scénaristiques qui aboutissent à une moralité très convenue, on accordera toutefois à Icare le minimum de respect que lui accorde son statut original de prototype de poésie dessinée. A cet égard, on peut bien accepter pour une fois que le propos ne soit pas aussi original que le dessin et la mise en page –ce qui ne fera toutefois pas disparaître totalement une déception tout à fait légitime.


Une déclaration d'amour bouleversante ::


Par Colimasson - Publié dans : Bande dessinée
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