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24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 14:39





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L’automne du Moyen Age est parfois aussi appelé de son titre officieux : le Déclin du Moyen Age. En privilégiant le premier titre, John Huizinga se met au diapason de l’esprit médiéval fin d’époque tout en allégories et en symboles épuisés.


Publié en 1905, ce livre propose une nouvelle vision du Moyen Age. John Huizinga ne s’accorde pas avec l’analyse d’un autre grand historien de son époque, Jules Michelet, et abolit la notion de démarcation nette séparant le Moyen Age de l’esprit de la Renaissance français. L’automne du Moyen Age, dans un flou indistinct, se fond en partie dans le printemps de la Renaissance. Le XVe siècle médiéval ne s’exalte pas mais est décrit comme un siècle d’épuisement pessimiste dont la langueur aura peut-être permis la réaction humaniste qu’on lui connaît, quelques décennies plus tard. Au moment de la publication de ce livre, John Huizinga renouvelle la vision du Moyen Age tardif en piochant dans de nombreuses sources. Il s’intéresse notamment aux témoignages de la vie quotidienne qui exaltent une fougue destructrice dans tous les actes les plus anodins, révélant si ce n’est l’ambivalence d’une population partagée entre la foi exaltée et une excentricité parfois païenne, au moins la tendance à l’exagération d’une époque qui passe d’un extrême à un autre sans jamais toucher le juste milieu. John Huizinga nous décrit tout un paradigme malaxé par des concepts qui trouvent le nom de chevalerie, de courtoisie, et bien évidemment de religion. Importants, ces idéaux qui seront déclinés en images, symboliques et lieux communs, pétrissent toute une vie culturelle et constituent les fondations d’une œuvre littéraire directement appréciable par ses contemporains lorsqu’elle nous semble dépourvue de signification. John Huizinga nous présente quelques poètes connus, tels Catherine de Pisan ou l’auteur du Roman de la Rose, mais il cite également poètes et poèmes oubliés, œuvres si imprégnées de leur époque qu’elles n’y survécurent. John Huizinga éclaire notre connaissance des œuvres littéraires et picturales rescapées de cette époque : si tout n’est qu’allégorie, symboles et religion, si cet ensemble fantasque nous semble être le reflet d’un esprit labyrinthique s’amusant aux jeux du travestissement, ce n’est en réalité que mécanismes de pensée –tout au moins au XVe siècle lorsque, après des siècles médiévaux peut-être plus vivants, toutes les combinaisons allégoriques ont été épuisées. La foi elle-même, devenue réservoir de lieux communs, ne se veut plus expression d’un dévouement pur à Dieu. Les œuvres de ceux que nous appelons « mystiques », parce qu’ils empruntent au spirituel, apparaissent alors comme les philosophes d’une époque marquée par le paradigme catholique.


Indispensable pour mieux comprendre le Moyen Age, cet Automne prouve également de sa puissance en nous révélant, après lecture, qu’il a su parler indirectement de notre époque en soulignant tous les phénomènes qui semblent se répéter cycliquement d’un paradigme à un autre. Passons d’une dénomination à une autre et c’est notre société qui semble à son tour décrite.



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« Quand le monde était de cinq siècles plus jeune qu’aujourd’hui, les évènements de la vie se détachaient avec des contours plus marqués. De l’adversité au bonheur, la distance semblait plus grande ; toute expérience avait encore ce degré d’immédiat et d’absolu qu’ont le plaisir et la peine dans l’esprit d’un enfant. Chaque acte, chaque évènement était entouré de formes fixes et expressives, élevé à la dignité d’un rituel. Les choses capitales, naissance, mariage et mort, se trouvaient plongées, par le sacrement, dans le rayonnement du divin mystère ; les évènements de moindre importance, eux aussi, voyage, tâche ou visite, étaient accompagnés d’un millier de bénédictions, de cérémonies et de formules. »






[A propos du cimetière des Innocents à Paris]



*peinture de Bruegel le Jeune

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Published by Colimasson - dans Livre
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