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19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 20:22






En 1970, la revue Planète se consacre à C. G. Jung. Moins connu que son confrère Freud, les deux hommes ont pourtant évolué dans une direction similaire à une époque qui réclamait la légitimation de sa croyance en une issue inconsciente. S’il ne fallait retenir qu’une explication à l’éloignement de Freud et de Jung, ce serait leur divergence quant à l’influence de la sexualité sur la vie inconsciente. Pour Freud, tout est sexuel ; pour Jung, la sexualité n’est qu’un élément des représentations internes et entre dans un système de concepts symboliques et culturels beaucoup plus large. Dans son article intitulé « Freud et Jung », Dominique Desanti nous donne l’exemple du rêve pour illustrer le clivage entre les deux hommes :


« Pour [Freud], le rêve est lié à la sexualité, c’est l’expression d’un désir accompli ou refoulé, avec toutes les variantes qui séparent ces deux extrêmes ; pour [Jung], la sexualité n’étant pas la forme élémentaire de tout désir, comme nous l’avons rappelé au début de notre étude, le rêve est « l’autoreprésentation, spontanée et symbolique, de la situation actuelle de l’inconscient ». Il peut exprimer un courant de la libido à un moment donné, une aspiration profonde de l’individu, un drame intime, qui ne sera pas nécessairement d’ordre sexuel. »


On comprend alors pourquoi C.G. Jung intéressa particulièrement les rédacteurs de la revue Planète : son discours, capable d’être transcendé par l’interprétation des symboles, présente un cycle infini d’actions et de rétroactions qui se retrouvent également dans l’idée la plus marquante qu’il ait développée : celle de la synchronicité –la coïncidence signifiante :


« Pour Jung, il existe des forces agissant en quelque sorte à angle droit par rapport au temps. Des évènements, qui n’ont entre eux aucun rapport de cause à effet, apparaissent de manière synchrone, comme le surgissement inattendu et nécessaire de signes. […] La synchronicité jungienne déborde évidemment le cadre de la science qui ne connaît que des relations causales. »


Du haut vers le bas, et du bas vers le haut, un processus invisible de communication ne cesserait de s’établir, mettant court à toute possibilité de croire en une destinée mais exaltant en même temps la possibilité qu’il existe des forces divines –nom générique servant à désigner ce que Wittgenstein avait par exemple appelé le mystique :


« On rencontre à certains moments une telle réponse des évènements, on découvre un accord si étonnant du guide intérieur, des rêves et des faits, qu’on en vient à penser qu’il existe un sens, un ordre des choses, que nous ne voyons pas, dont nous étions coupés, mais avec lequel le travail analytique nous remet en contact. »


La synchronicité et l’imprégnation du symbolique collectif sur l’individu ont inspiré aux rédacteurs de Planète des réflexions et digressions que les œuvres de Jung n’avaient sans doute pas terminé d’analyser. Entre textes recueillis et rapprochés de façon à créer un nouveau sens, les contributions de Jung permettent de réfléchir aux relations du couple à l’enfant, de l’inconscient collectif, du sens de la vie, de l’expérience religieuse, de la décadence sociale et politique ou du mythe alchimique. Jung aurait sans doute aimé ces parenthèses qui constituent autant d’évènements significatifs venant frapper perpendiculairement la ligne temporelle de ses publications bibliographiques. Partant du principe que Jung, comme chaque homme, se ramène sans cesse à l’inconscient collectif –dont certaines modalités lui sont connues lorsqu’elles ne le sont pas à d’autres, et réciproquement-, Planète essaie d’extraire d’autres principes de ce grand inconscient qui ont pu dépasser Jung. On ne discutera pas de la pertinence des articles : ils peuvent l’être ou non en fonction de la disposition de chaque lecteur. On reconnaîtra en tout cas que la contribution de l’œuvre de C. G. Jung à l’inconscient collectif, qu’il crée ou qu’il recrée, qu’il charge de concepts et qu’il présente comme un miroir face aux angoisses des hommes, ne fut pas insignifiante


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« La maladie en soi est de peu d’importance, et voulue autant que subie : dès que le jeune garçon comprend qu’il « faut gagner sa vie » pour vivre, elle disparaît. La prise de conscience qu’elle amène, en revanche, est significative : « auparavant les choses m’arrivaient, maintenant c’est moi qui voulais ». »

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Published by Colimasson - dans Livre
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