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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 14:52




Berthe a crevé… La mort n’a plus le charme qu’on trouvait dans les foyers d’antan. A la tristesse et au désespoir grandiloquents a cédé l’ennui de la gestion des formalités post-mortem, au-dessus desquelles culmine l’organisation de la cérémonie funèbre. Organisation rendue d’autant plus complexe que l’offre en la matière dépasse souvent la demande, et lorsque la famille du défunt n’arrive plus à trancher entre enterrement et inhumation, ou entre les différents genres de cercueils, l’âme disparue est invoquée pour imposer son avis depuis l’au-delà.

Le film commence bien, qui met en scène cet esprit burlesque qui sied au sujet. Les personnages ne sont pas loin d’être inhumains mais pourtant, on ne peut rien leur reprocher : la lutte qu’ils mènent contre leurs propres soucis personnels de mortels les accapare tant qu’on comprend aisément qu’ils ne puissent pas détourner le regard de leur nombril. Ainsi, la mort de mémé Berthe tombe vraiment mal pour Armand. Peut-être aurait-il pu s’émouvoir de sa disparition si, par ailleurs, il ne s’était pas trouvé en proie à un cruel dilemme amoureux… Crise de la cinquantaine oblige, l’envie de refaire sa vie s’impose à lui sans lui laisser le choix. Après une vie calme et rangée menée avec son épouse, il prend l’envie à Armand de tout plaquer pour convoler avec Alix, femme aussi délurée et volcanique que son épouse était posée et compréhensive. Pauvre petit Armand… A force de vouloir nous le faire passer pour un homme fondamentalement sympathique, malmené par des forces extérieures hors de son contrôle, il finit par devenir ennuyeux voire détestable. Son œil de chien battu, ses cheveux en bataille, sa trottinette de poche et sa sonnerie de portable exaspérante –à la base de running gags fatigants- font de ce personnage de tragicomédie un abruti qui préfère se faire passer pour un pantin plutôt que de justifier son indécision et sa mollesse.





Ceux qui entourent Armand ne méritent pas davantage de compassion. Construits tout en stéréotypes, dans l’intention claire de faire rire le chaland, ils épuisent en cinq minutes leurs potentialités. Parce qu’on ne voit en eux que l’intention pour laquelle Bruno Podalydès les a construits, il est impossible de faire naître un quelconque attachement et se prendre d’intérêt pour leurs histoires qui se ramènent toutes à des finalités de fesses. Heureusement, c’est à ce moment charnière, où l’intensité des imbroglios atteint son apogée, que mémé Berthe est de nouveau invoquée. Car il fallait bien qu’elle serve à quelque chose et si ce n’était de son vivant, ce le sera maintenant qu’on s’apprête à l’ensevelir.

Parce qu’il en a marre de ses bonnes femmes hystériques, et pour se changer les idées, Armand décide de se passionner pour la vie de feu mémé. Comme il aurait branché la télé et aurait zappé jusqu’à trouver un film convenable pour la soirée, il fouille dans les affaires de la vieille et s’arrête sur sa correspondance de jeunesse. A travers la lecture d’une histoire d’amour malheureuse, Armand fait connaissance avec sa mémé et déborde soudain de tendresse pour cette vieille dame dont l’existence consista uniquement à attendre jusqu’à la mort un magicien peu doué pour l’empathie. Tout ça fait cogiter Armand… et si lui aussi était ce magicien égoïste, aveugle à l’amour éperdu de sa femme ? Derrière un discours à peine macho et un poil mégalo, Armand se fait passer pour la belle âme que la mort a su révéler à elle-même. Le cynisme que l’on avait cru voir un instant s’incarner à travers la peinture acerbe des relations se transforme en une mièvrerie bourrée d’hypocrisie, à en faire crever Berthe une seconde fois.




Est-ce parce que l’été revient et que la période des canicules se fait pressentir que les vieux deviennent à nouveau le centre de nos préoccupations ? Il faut leur donner à boire, les garder au frais dans des caves ou des supermarchés… Autant dire qu’ils nous embêtent. Grâce aux Podalydès, vous allez les considérer autrement. Le grand message d’Adieu Berthe est le suivant : non, les vieux ne sont pas inutiles. Penchez-vous un instant sur leur vieille carcasse et souvenez-vous qu’ils ont été jeunes avant vous. Ils peuvent encore vous faire rêver et vous faire réfléchir sur votre vie de malheur, vous, tous jeunes que vous êtes. Car les vieux ne servent qu’à ça : presser leur maigre existence achevée pour en extraire une sentence qui se résume à une phrase de morale, assénée droit dans la cervelle.

Sous couvert d’un amoralisme de pacotille (parler de la mort le sourire aux lèvres, entre deux insinuations scabreuses et quelques parties de jambes en l’air), Adieu Berthe se propose seulement de nous rabâcher les mêmes emplâtres poussiéreux que des générations avant la nôtre ont déjà dû s’enfiler. En réalité, ce film est un mensonge : il ne traite pas de la mort de Berthe mais bien, au contraire, de sa réincarnation à travers le personnage d’Armand.

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Published by Colimasson - dans Film
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