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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 15:50




La lenteur, le recul et le calme caractérisent cet Animal Kingdom qui, malgré la violence de la thématique abordée, refuse toujours de tomber dans une agressivité gratuite et facile.
Joshua, déjà secoué par la mort de sa mère, ne tarde pas à découvrir le versant malsain d’une famille qui lui avait été inconnue jusqu’alors. Et pour cause, cette famille ne regroupe en son sein que des délinquants qui vivent au jour le jour, aux dépens des autres, de ceux qu’ils pillent ou qu’ils dégomment. Jamais la moindre scène de crime ne nous sera montrée, et ces ellipses, que l’on parvient à restituer lors de quelques simulations de bon ton, font naître par leur silence toute une foule de visions. Malheureusement, à force d’user et d’abuser de ces indications implicites, de plus en plus d’ombres se portent sur cette famille. D’abord intrigante, celle-ci finit par devenir le simple reflet d’elle-même, un pion dans le dilemme qui est peut-être le seul enjeu de ce film : le choix que devra effectuer Joshua entre le bien (les flics, une autre vie, sa copine…) et le mal (sa famille). Evidemment, rien n’apparaît de façon aussi manichéenne dans le film, et une tentative de médiation apparaît lorsque la (future ?) belle-famille de Joshua accepte de l’héberger pour quelques jours. L’espoir, bien sûr, est de courte durée.



Lenteur, recul et calme, avais-je donc dit. Si ces caractéristiques surprennent agréablement au début de la visualisation d’Animal Kingdom, elles deviennent rapidement un frein au développement de l’intrigue. Alors que les enjeux prennent de l’importance, alors que la tension grandit au sein de la famille et au cœur-même de Joshua, les évènements sont toujours abordés d’une manière aussi détachée, aussi lointaine. On nous préserve peut-être de l’esbroufe, du pathétique ou du tape-à-l’œil, mais on nous condamne également à l’apathie et à l’ennui. Le détachement peut être une qualité mais lorsqu’il marque un film du début jusqu’à la fin, il donne l’impression d’un manque d’investissement. Toute cette mollesse se retrouve dans le personnage de Joshua. Pour son jeu, ses recommandations étaient les suivantes : « Ait l’air le plus crétin possible » et il s’est exécuté à la perfection. Jamais de répliques de plus d’une phrase, les yeux vides de l’abruti consanguin, les gestes lents et lourds… Lorsque le minimalisme s’approche du néant, aucune envie de différenciation, de la part d’un réalisateur, ne mérite que l’on s’y attarde. On frôle le vide de Gerry de Gus Van Sant, mais l’illustration du dilemme en la personne de Joshua sauve heureusement Animal Kingdom de ce qui aurait pu devenir une simple peinture abstraite, un enfilement d’images et de sons qui transforme un film en une rêverie moins dépaysante que celle qu’aurait pu faire chaque spectateur en se contentant seulement de fermer les yeux.


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Published by Colimasson - dans Film
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