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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 20:40



Si ce n’était pas un auteur aussi respecté que Mérimée qui l’avait écrite, l’histoire d’Arsène Guillot serait déjà oubliée depuis longtemps. Non pas qu’elle soit mauvaise, ni qu’elle soit complètement inintéressante (bien qu’on ait du mal à se passionner pour les faits qu’elle rapporte), mais parce qu’elle est moyenne –trop moyenne. 


Arsène Guillot frappe l’esprit de Madame de Pienne, une jeune femme riche, pieuse et charitable, alors qu’elle se présente un matin à l’office religieux et sort une pièce pour acheter un cierge. Pourtant, [b]Arsène ne semble pas aisée, ses guenilles et son air malheureux en témoignent. Est-ce par proximité d’âge et de sexe que Madame de Pienne se promet de bien surveiller cette Arsène ? Mais Madame de Pienne, frivole jusque dans ses promesses, oublie rapidement cette étrange rencontre, jusqu’au jour où elle apprend que la malheureuse jeune fille a tenté de se suicider en sautant par une fenêtre. Madame de Pienne se rend alors à son chevet et découvre l’existence misérable de cette âme restée pieuse et croyante jusque dans les plus tragiques adversités : jetée dans la galanterie par sa mère, puis désertée par cette même mère et par celui qui fut son amant. Après avoir écouté ces confidences, Madame de Pienne devient plus dévouée que jamais –à croire que ce sentiment s’accompagne souvent d’un attrait morbide pour le plus funeste que soi. Prosper Mérimée n’accentue pas le pathétique de l’histoire d’Arsène Guillot. Sobre et tout en retenu, il donne à ses confidences la forme qui convient au fond de droiture de ses personnages. On peut apprécier, ou s’ennuyer. 


Souvenons-nous toutefois que Prosper Mérimée aime corser les situations et qu’il ne se prive pas, cette fois encore, à introduire un troisième personnage qui renouvelle le sort d’Arsène et de Madame de Pienne. Cette dernière reçoit la visite de Jean Max de Salligny, proche ami que seul le mariage et la conviction d’être irréprochable retiennent d’approcher davantage. La perfection morale risque de s’étioler lorsque Madame de Pienne comprend que Jean Max de Salligny n’est pas étranger à sa petite protégée Arsène Guillot. Cette fois encore, le pouvoir de suggestion reste plus puissant que la réalité. Il se passe finalement peu de choses dans cette nouvelle : les personnages comprennent dans le silence et font ellipse sur les comportements et les discours qui leur permettraient de résoudre leurs dissensions. 


Si Arsène Guillot n’avait pas été écrite par Mérimée, on l’aurait peut-être déjà oubliée ; mais s’il ne l’avait pas écrite, peut-être se souviendrait-on moins de lui. Lors de sa publication dans des revues littéraires, entre 1830 et 1840, cette histoire mêlant amour, tromperie et sentiment religieux provoqua de nombreuses indignations. La préface nous permet de prendre conscience de l’étendue des réactions provoquées chez certains lecteurs lorsque Mérimée écrit : "On est devenu tellement cagot à Paris qu’à moins de se faire illuminé, jésuite et j.-f., il est impossible de ne pas passer pour athée et scélérat». Et, conscient avant l’heure de la véritable valeur de sa nouvelle, il conclut comme pourrait le faire un lecteur du 21e siècle : « Je persiste qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat dans ma nouvelle ».


Citation :
« Je l’aime… je l’aime… Non… je ne l’aime pas. C’est un mot qui ne peut convenir ici… L’aimer : hélas ! non. J’ai cherché auprès d’elle une distraction à un sentiment plus sérieux qu’il fallait combattre… Cela vous semble ridicule, incompréhensible ? … La pureté de votre âme ne peut admettre que l’on cherche un pareil remède… »



*Henry Peach Robinson Fading Away, 1858

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Published by Colimasson - dans Livre
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