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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 17:23







L’hystérie considérée comme prétexte et prétention à la réalisation d’un film qui veut se faire l’écho des marginalités… Dès le début, on sent qu’Alice Winocour cherche à catégoriser les gens en deux camps distincts : d’une part les « normaux », généralement gens sans frayeurs que la vie a bien dotés, d’autre part les « martyrs », personnes malmenées et brutalisées par l’existence, que leurs souffrances ont condamnés à devenir de véritables morts-vivants qui se traînent dans la vie comme des ombres inconsistantes. La Salpetrière devient alors le lieu de la reconnaissance, en tout cas pour les âmes éplorées qui réussiront à remporter le privilège contradictoire d’être remarqué par le Docteur Charcot. Avez-vous suffisamment souffert pour dépasser le stade de pauvre hystérique et accéder à celui de patiente remarquable ? L’élection a de quoi dégoûter. Dans le contexte, les femmes qu’on nous présente comme victimes d’agressions commises (le plus souvent) par des hommes, retrouvent leur position originelle de dominées. Déshabillées, examinées et manipulées sous les yeux d’ « experts », elles sont réduites à ce qui les avait peut-être déjà minées : leur statut de chair fraîche classée en différentes catégories de qualités.





A partir de là, le film d’Alice Winocour pourrait prendre les tournures d’une défense féministe de la condition des femmes et montrer quels ravages peut produire une répression constante des corps (symbolisée par les corsets étouffants) et des esprits. Mais ce n’est pas tout à fait le cas. Le film oscille lui aussi entre fascination pour la condition féminine (qui semble aussi qualifier les démarches des médecins de la Salpêtrière) et désir d’exploiter leurs souffrances pour sa propre gloire personnelle.




Au-delà de cette ambivalence discutable, Augustine déçoit pour une autre raison : sa linéarité et la conformité du traitement de son sujet. Les dialogues sont très plats et même le jeu des acteurs ne permet pas d’en dire plus. La musique est omniprésente et ordonne sans cesse au spectateur ce qu’il doit penser. Même si certains plans sont parfois très beaux –gorgés de brouillards mélancoliques- ils finissent par n’avoir plus d’autre intérêt que de dissimuler la vacuité du reste. On n’apprendra pas grand-chose sur l’hystérie et ses processus dans le film. En fait, tout semble n’être qu’un prétexte qui se doit d’aboutir à la conclusion d’une histoire d’amour aussi subite qu’inexplicable –que le film, en tout cas, n’aura pas réussi à rendre vraisemblable. Le dénouement se fait dans la précipitation et nous laisse aussi étonnés que le Docteur Charcot et Augustine. Alice Winocour semble être prise de court elle aussi, et son film se termine dans un flou confus. Ses personnages marchent dans la foule, ils s’éloignent dans la nuit… Fallait-il vraiment réaliser tout un film pour justifier une seule scène d’amour ? –car vraiment, Augustine semblait n’avoir rien de plus à nous montrer.

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Published by Colimasson - dans Film
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commentaires

Anis 21/11/2012 08:12

Moi aussi, je suis restée très insatisfaite. On ne sait rien sur l'hystérie et rien sur cette histoire d'amour de désir ? Le machisme ambiant par contre ... J'ai vu que ce film avait eu
d'excellentes critiques.

Colimasson 22/11/2012 08:46



Oui, on ressent bien le machisme, mais finalement, on découvre que même les femmes peuvent s'adonner à cette tendance machiste elles aussi.


Et je suis également surprise par le cortège de critiques élogieuses... a-t-on vu le même film ??