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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 18:54




« Dans le scénario original, Birdy s'enfuyait, mais je ne savais pas où, je n'aimais pas cela; en toute logique, il devait sauter et se tuer. Mais je ne voulais pas qu'il meure. Tout le monde m'a supplié pour qu'il ne meure pas. Alors, en fait, c'est un gag visuel, qui ramène un peu le spectateur à la réalité. Ce n'est qu'un film, au cas où vous auriez cru que c'était la réalité. »
Alan Parker.

Il y a de grandes chances que le résumé de Birdy attire votre attention, comme il a d’ailleurs pu attirer la mienne. Birdy et Al, avant la guerre du Viêtnam, sont deux jeunes garçons qui partagent une amitié mouvementée, entre capture de chiens, rafistolage de voitures, flirts éphémères et construction de volière. Leur personnalité pourrait les éloigner puisque Al, extraverti et social, ne rechigne jamais lorsqu’il s’agit d’emmener ses dernières conquêtes à une fête foraine, tandis que Birdy préfère rester en compagnie de ses oiseaux, pour lesquels il ressent une attirance bien supérieure à celle que pourrait lui inspirer les femmes. Vient la guerre du Viêtnam.
On retrouve Al et Birdy dans un hôpital. Al a été défiguré par une explosion. Birdy, quant à lui, est enfermé dans une cellule d’isolement. Complètement recroquevillé sur lui-même, il ne parle plus, mange à peine, et se ferme à toute tentative d’approche venue de l’extérieur. Même Al ne parvient pas à le sortir de son emmurement. Pourtant, ce n’est pas faute d’essayer : celui-ci lui rappelle tous les évènements marquants de leur adolescence, espérant provoquer chez son ami le déclic qui lui permettra de retrouver contact avec la réalité.



Birdy alterne donc entre passé et présent, évitant toujours d’évoquer l’évènement qui semble pourtant crucial : la guerre du Viêtnam. Ainsi, dans une évocation chronologique, nous découvrirons peu à peu la vie d’Al et de Birdy, même s’il semble surtout que ce retour arrière soit justifié par une envie du réalisateur de nous présenter les prémisses de la future folie de Birdy. On sent que la présence de son ami Al dans la plupart des scènes sert essentiellement à faire ressortir le côté solitaire de Birdy : lorsque l’un fricote avec de belles blondes, l’autre vire zoophile avec un canari. Lorsque l’un s’amuse à la fête foraine, l’autre rêve qu’il est en train de s’envoler.



A prédispositions malsaines, conséquences funestes. Mis à part quelques dégâts physiques, Al semble avoir traversé sans entraves l’épreuve de la guerre. Ce n’est pas le cas de Birdy qui est devenu, semble-t-il, fou. On pourrait croire que ce résultat sert à démontrer, si cela est nécessaire, toute l’horreur de la guerre et de ses carnages, puisqu’elle précipite des individus dans la folie. Mais alors, pourquoi cherche-t-on à nous faire comprendre avec tant d’obstination que Birdy était déjà un peu dérangé avant même d’avoir été confronté à la guerre ? Son amour pour les oiseaux n’avait pas eu besoin d’être confronté aux explosions pour virer à l’obsession, et ce constat fait perdre toute valeur au message prétendument pacifique du film.

On peut éventuellement se rabattre sur une vision de Birdy comme film prônant la libération de l’être humain des entraves imposées par la société –intégration sociale, participation à l’effort de guerre, insertion professionnelle… En effet, le personnage de Birdy semble vouloir échapper à tout cela, obnubilé qu’il est par sa passion des oiseaux. Et ça tombe bien, les oiseaux volent, et cette image invoque les plus mièvres métaphores du type : « Prendre son envol », « Libre comme un oiseau »… Birdy est surtout un garçon malheureux, enchaîné à son obsession pour les oiseaux, et incapable de tourner son regard vers un extérieur qu’il craint.

Alors, Birdy propage peut-être seulement un message sur le désespoir généralisé d’une société qui se préoccupe peu de ses individus. Dommage que cette vision des choses soit cachée derrière ce qui semble être surtout et principalement une diatribe féroce contre la guerre –qui oserait dire que la guerre est une bonne chose, de toute façon ?

Birdy reste malgré tout un film intéressant. Il véhicule des images parfois effrayantes ou oniriques et se conclut superbement, avec une fin qui nous laisse penser qu’Alan Parker avait peut-être pris conscience de l’abus de tragique qu’il avait essayé de greffer à son film.

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Published by Colimasson - dans Film
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