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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 14:56




Beaucoup de mystères, une entrée en la matière allégorique, et puis une plongée dans la réalité vive et brutale d’Uxbal et de sa famille, dans la misère barcelonaise.

Le début se montre confus, mais c’est voulu. Manière de nous dire de rester en éveil jusqu’aux dernières minutes de ce film où les interrogations devront (normalement) trouver une réponse. Il semblerait qu’il existe toujours une portée plus lointaine aux évènements du quotidien. Cette portée est atteinte gauchement. C’est le Biutiful du titre qui aimerait viser un idéal mais qui se tord la cheville en chemin. C’est surtout Uxbal qui cherche à corriger les erreurs qu’il a accumulées derrière lui. Depuis qu’un cancer de la prostate lui a été diagnostiqué et qu’il sait qu’il lui reste peu de temps à vivre, Uxbal s’est donné pour objectif d’amoindrir le malheur des gens qui dépendent de lui. Il s’agit de sa famille –ses deux enfants et leur mère qui n’en a plus la garde- et des immigrés illégaux dont il dépend pour l’organisation de trafics économiques. Une histoire bizarre de communication avec les esprits des morts vient s’intercaler au milieu de tout ça mais d’une manière anecdotique qui évite de justesse le ridicule.




Comme s’il fallait attendre l’annonce d’une catastrophe inéluctable pour se remettre en question, Uxbal commence seulement à prendre conscience de la misère de son existence et de celles de ceux qu’il a traînés avec lui lorsque sa maladie lui est diagnostiquée. Une de ses proches lui conseille alors de « régler ses affaires ». Il n’y a rien d’altruiste à la base dans cette décision. Le parcours de rédemption d’Uxbal ressemble à un chemin de Croix, éprouvant de bout en bout, qui frôle l’échec et qui l’atteint même parfois à plusieurs reprises. Mais les conséquences de cette rédemption purement personnelle se font ressentir sur l’entourage d’Uxbal et éveillent la conscience de quelques uns de ses proches. Alors qu’il ne l’avait pas particulièrement cherché, Uxbal se rapproche de ceux-ci comme jamais auparavant.
Le problème de ce film tient dans son approche hésitante des maux de l’existence. La meilleure attitude à tenir est-elle celle d’Uxbal, stoïque et droit jusqu’au bout ? ou celle du reste du monde qui l’entoure, vaste assemblée de personnages qui se laissent dévorer par la part irrationnelle de leur personnalité ? Ses enfants offriront peut-être une alternative à ces deux tendances…

Biutiful me laisse donc un sentiment mixte. Si j’admire le personnage d’Uxbal, la puissance de son caractère face à des aléas d’une rare violence, la lutte qu’il cherche à mener contre lui-même et ses tendances les plus pragmatiques, en revanche, le sentiment de misère et de pathétique exacerbé qui entoure les autres personnages me refroidit aussitôt.
Et qu’en est-il de cette scène finale allégorique ? Y a-t-il quelque chose à en conclure ? Ou ne se trouve-t-on pas seulement dans un film qui se complaît dans la misère crasse en espérant produire une « œuvre d’art » ?


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Published by Colimasson - dans Film
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