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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 15:32
Black Hole (1993-2004)



Jeune adolescent des seventies vivant dans l’Amérique imaginaire de Charles Burns ? Prenez garde à vos arrières, la crève, aussi appelée « peste ado », se propage à vive allure… Un rapport sexuel avec une personne contaminée, et vous voilà porteur à votre tour de la maladie. Pire, il suffit d’un simple postillon malencontreusement ingurgité pour que le mal se développe…
Vous voilà contaminé… La déchéance physique se manifeste. Singulière, ses symptômes sauront s’exprimer d’une manière différente pour chaque individu infecté. Chez l’un, la maladie se traduira par l’ouverture d’une petite bouche en bas du cou ; pas maline, celle-ci raconte tout ce que le malade essaie de dissimuler dès lors que le sommeil lui fait perdre le contrôle de lui-même. La maladie affublera l’autre d’une petite queue qui se régénère à la moindre tentative de mutilation ; voici une caractéristique qui vaut bien d’être nommée « Dame Lézard »… Bien qu’impressionnantes, ces marques physiques de la maladie peuvent encore être dissimulées. Malheureusement, pour la plupart, le mal se manifeste par des irruptions cutanées monstrueuses, des boursouflures et autres déformations qui font oublier l’humanité originelle des victimes de la crève.



Les monstres ne sont presque jamais rejetés de la société. Ils n’ont pas besoin d’attendre que les autres prennent la mesure puisque, la plupart du temps, ils s’en excluent d’eux-mêmes. Ils préfèrent se regrouper dans des villas abandonnées ou dresser des campements dans les grandes forêts qui entourent leur ville pour mener, ensemble, un mode de vie à la mesure de leur monstruosité. Si la maladie surgit au cours de leur existence comme un cheveu sur la soupe, elle ne semble finalement pas déranger davantage ces adolescents qu’une mauvaise note à l’école, un rendez-vous désastreux ou une soirée pourrie. Elle s’inscrit dans la continuité de leur existence morne, voire, elle se présente à eux comme l’évènement à l’origine d’un nouveau départ. Ce peut être l’occasion de se retirer d’un quotidien confortable mais aseptisé, et de rejoindre l’idéal utopique d’une vie en communauté, proche de la nature. Mais après quelques semaines de camping, l’ennui et les mauvaises habitudes se rappliquent comme dans le passé et les monstres retournent dans le confort moderne des villas qu’ils parasitent en quelques jours. Ils regardent la télé, mangent et se torchent la gueule jusqu’à l’os pour se donner du courage dans l’éventualité de (peut-être ?) baiser. L’insouciance domine, à moins qu’il ne s’agisse de désespoir. La maladie semble n’effrayer personne. Elle consiste seulement à séparer la population en deux clans distincts. Elle est aussi prétexte à l’épanouissement du style de Charles Burns, tout en glauque et en difformité. Dans un style lourd, uniquement fait de noir et de blanc, de grands paysages surréalistes apparaissent parfois avant de se recentrer sur les portraits hideux des pestiférés. Pas de grandes réflexions dans le texte, rien qui ne pourrait laisser penser que la crève saurait induire un changement dans les mentalités de la population. De bout en bout, on reste dans le quotidien crasse.



Alors, pestiféré ? Plusieurs solutions s’offrent à vous : avoir le bonheur de se faire assassiner par un autre malade qui désire vous libérer de votre situation ; avoir le courage de prendre le flingue pour en finir par soi-même ; enfin, se replier loin des autres, et attendre, attendre…
Rien de réjouissant, mais Charles Burns réussit à amener ce constat en restant cohérent d’un bout à l’autre des six tomes qui constituent cette série et à préserver le style inimitable qui est le sien…

 

 

Des aperçus épisode par épisode ?



Tome 1 : Sciences naturelles



C’était comme une horrible partie de chat… On finit par découvrir qu’il s’agissait d’une nouvelle maladie qui n’affectait que les adolescents. On la surnomma la « peste ado » et « la crève ». Les symptômes en étaient aussi variés qu’imprévisibles… Certains s’en tiraient à bon compte –quelques bosses ou une vilaine éruption cutanée –d’autres devenaient des monstres ou il leur poussait de nouveaux membres… Mais quels que fussent les symptômes… Une fois touché, on était « le chat » pour toujours.


Tome 2 : Métamorphoses



C’était si fort entre nous que c’en était incroyable. On s’aimait et rien d’autre au monde n’avait d’importance. Le reste du monde pouvait bien crever, on s’en fichait royalement. On pensait que ça ne finirait jamais : comment quelque chose d’aussi bien pourrait-il tourner au vinaigre ? Et pourtant, c’est arrivé. Un jour, c’était fini. On s’est réveillés, on s’est regardés et il n’y avait plus rien.



Tome 3 : Visions



Ils étaient dans la chambre de John, à regarder la télé avec toutes les lumières éteintes… Sauf qu’ils ne la regardaient pas vraiment : ils l’avaient réglée entre deux chaînes et tout ce qu’on voyait, c’était de la neige. Ils étaient en train de s’imaginer qu’ils faisaient partie d’une tribu sauvage, ou un truc comme ça… La télé, c’était leur feu de camp.


Tome 4 : Reine des Lézards



Dans les bras de Rob, je l’ai senti qui s’endormait. Sa respiration est devenue profonde et régulière… Et alors, ça a commencé. Comme un cliquetis, au début, puis une voix claire et haut perchée qui s’élevait de la bouche sur sa poitrine, minuscule et triste. Une voix d’enfant.



Tome 5 : Grandes vacances



Je suis content d’être défoncé… J’ai au moins ça. Les choses sont moins moches… Tout est précis, propre et clair.


Tome 6 : Bleu profond



On a le cerveau trop gros… On pense trop et ça nous rend tous dingues. On a hérité de ce merveilleux don d’intelligence et de conscience de soi et on l’a gaspillé… Complètement gâché. On serait heureux si on pouvait vivre une vie simple, s’apprécier les uns les autres et… Enfin, je ne sais pas, moi, vivre dans une ferme et y faire pousser des légumes… Tu vois, revenir à la nature… Mais, hé, fais pas attention à ce que je raconte, pour ce que j’en sais, de tout ça…

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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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commentaires

Mo' 19/04/2012 22:54

Cet album m'a vraiment donné envie de découvrir l'auteur. Un regard intéressant sur l'adolescence en tout cas

Joelle 17/04/2012 09:09

Il fera probablement partie de mes futures lectures, ce titre :)