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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 10:55



L’enquête se poursuit… Arrivera-t-on enfin à cerner qui est Polza à l’issue de la lecture de ce deuxième tome ? Après 400 pages, sera-t-il enfin possible de se faire une idée du bonhomme ? Malheureusement pour les impatients, ce ne sera sans doute pas le cas… Heureusement pour les autres, nous savons déjà que le plaisir de la lecture de Blast se prolongera dans un troisième tome…


Plus sombre que le premier album, L’apocalypse selon Saint-Jacky nous fera découvrir les aspects les plus obscurs, et sans doute les plus fascinants, de la personnalité de Polza. Coupé de toute emprise familiale, sociale ou professionnelle, Polza est livré à lui-même. Jouissant d’une liberté pure et complète, il se retrouve confronté au grand vide métaphysique, qu’il arrive brillamment à surmonter. Mais avec l’arrivée de l’hiver, la vie au grand air devient plus compliquée. Obligé de céder au confort de la vie moderne, Polza se déplace de maison abandonnée en ferme désertée pour éviter le piège des nuits glaciales. Saint-Jacky, qui donne son nom à ce deuxième tome de la série Blast, est un SDF que Polza croisera au détour de ses visites surprises. Une grande partie de l’album sera consacrée au récit de leur cohabitation hivernale. Ce sera l’occasion pour les deux personnages de croiser leurs expériences, de se confier et d’exister à travers le regard d’un autre. Passage nécessaire puisque le premier tome nous avait habitué à la solitude sauvage de Polza. Nous le découvrons désormais dans ses rapports avec les autres, et loin de faire de son personnage un asocial misanthrope, Larcenet nous prouve au contraire que son ouverture et sa curiosité font de lui un hôte agréable, et que si la société des hommes l’avait autrefois rejeté, ce n’était pas pour éliminer un individu médiocre, mais plutôt pour se débarrasser d’un homme qui n’avait pas réussi à se conformer aux préceptes en usage. L’album nous distille d’autres informations qui confirment cette hypothèse. Polza remonte plusieurs fois dans les souvenirs de son enfance, et sous des images dominées par un rouge sombre et agressif, il se souvient des brimades qui ont fait de lui l’homme rejeté et méprisé qu’il est aujourd’hui.


La réflexion de Larcenet sur les normes, l’identité sociale et, plus largement, le sens que l’on peut donner à sa vie, trouve un équilibre efficace dans la narration. Elle n’alourdit jamais le récit tout en sachant pourtant se montrer profonde et intéressante. Elle est à l’image du rythme de la narration, partagée entre les errances solitaires de Polza, longues et hypnotiques, et ses entretiens face à des policiers qui le malmènent brutalement pour le forcer à livrer le plus rapidement possible les informations qu’il détient.



A l’issue de la lecture de ce deuxième tome, Polza me fascine encore davantage… Larcenet a réussi à créer un personnage fort qui a su triompher de ses échecs passés (on pourrait presque le considérer comme un modèle de résilience ) pour se construire une destinée personnelle, loin des obligations que l’on inflige à l’homme moderne. C’est devant ce courage que je m’incline, et je remercie Manu Larcenet pour son mélange si agréable de rêverie et de réflexion qu’il nous livre dans Blast.


Mmh… Vous êtes sans doute de ceux qui ne se soûlent qu’à la communion du petit neveu ou au remariage de Tata Jacqueline… Vous pensez qu’en émoussant vos sens ou votre illusion de contrôle, l’ivresse vous diminue… C’est une erreur. L’ivresse n’est pas un asservissement, c’est une libération. C’est le seul moyen de se connaître sans se faire peur.

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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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