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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 11:07



Blue est une fausse histoire autour du surf. Pour Pat Grant, c’est surtout l’occasion de revenir sur sa jeunesse et d’évoquer les sentiments que lui a inspirés l’atmosphère de Bolton au cours de son enfance, puis de son adolescence.


Bolton est une ville champignon d’Australie. Elle doit tout à l’artificialité des discours politiques et de la propagation du rêve américain. Aujourd’hui, alors qu’il est adulte, Christian retrace la genèse de l’élaboration de cette ville. A la fierté laborieuse de ses parents a succédé l’ambiguïté d’une période au cours de laquelle les véritables autochtones se sont vus peu à peu envahir par des homoncules tentaculaires à la peau bleue. Malpropres, bruyants, vulgaires, ils sont accusés d’être la cause de la décadence amorcée de Bolton. Cette période, Christian l’a vécue lorsqu’il entrait dans l’adolescence. Entre fascination pour la déchéance et haine viscérale pour ces nouveaux arrivants, le trouble se traduit, chez lui et ses amis, par un accident de train survenu au cours de la nuit. Explosé sur les rails de la voie ferrée, le cadavre d’un homoncule bleu continue à répandre ses membres alentours.



Le surf devient un prétexte pour s’approcher des rails et pour observer le cadavre. Christian, Verne et Muck se montrent aussi bourrins devant cette hécatombe que lorsqu’il s’agit de pousser chacun dans ses retranchements face à l’affront des vagues du Pacifique. En évoquant cette pudeur qui rejette l’aveu de la faiblesse et qui provoque l’évènement de la mort, Pat Grant parvient à transformer les fanfaronnades malhonnêtes de ses personnages pour révéler le trouble, la terreur et les interrogations qu’elles dissimulent.



Blue traite de l’enfance sur le mode fantastique. La narration fait s’alterner des rythmes plus ou moins lents, des réflexions mélancoliques puis des dialogues crus, argotiques et d’une mauvaise foi attendrissante. Parfois, ce sont uniquement des visions qui reviennent à Christian. Des paysages fourmillants de détails s’inscrivent alors sur plusieurs pages et parviennent, dans la continuité de ses évocations, à faire revivre le sentiment de nostalgie qui survient dès lors que l’on pense au passé. On comprend que le souvenir laissé par le passé dépend pas de son caractère bon ou mauvais –s’il est possible de trancher aussi clairement- mais de la quantité d’incompréhensions qu’il aura laissées derrière lui.



Blue se conclut par un court essai de Pat Grant qui confirme ces impressions :


« Dans une certaine mesure, il se peut que toute narration traite de la mémoire, mais la bande dessinée semble reliée avec plus de force aux vocabulaires juvéniles de l’être et de la connaissance que n’importe quelle autre forme d’écriture. Plonger dans l’espace narratif que l’art de la bande dessinée met à notre disposition –en tant que dessinateurs, mais aussi en tant que lecteurs –nous permet de retourner à un état d’adolescence ou de préadolescence en contournant les filtres analytiques et historiques avec lesquels nous, en tant qu’adultes, traitons les données sensorielles. »


Et en effet, Blue contourne tous ces filtres. Il laisse son lecteur décontenancé, sans qu’il ne soit possible pour celui-ci d’en expliquer les raisons précises. Il est difficile de trancher : Blue est-il un triste rêve ou un doux cauchemar ? …


Citation:
- Comment on est censé les appeler ?
- Je sais pas. Juste « les gens bleus ».
- C’est pas un peu raciste. Ou quoi ?
- Peut-être. Mais ils sont bleus. Comment ça peut être raciste si c’est vrai ?
- Ils sont comme les négros ?
- Nan. Les négros sont différents. Les gens bleus sont plus comme les rebeus. Ou les bouffeurs de curry.
- Connerie ! Ce gamin avait rien à voir avec un bouffeur de curry. Il ressemblait plus à un nabot-rigène.





En exergue :


Citation:
Tout le monde arrivait avec le sentiment d’aller de l’avant, d’être unis. Tout le monde puisait son courage dans le spectacle d’une autre camionnette orange se garant devant la porte d’à côté. Une famille exactement comme la nôtre déchargeant des pieds de lampe, des berceaux et des tables en formica comme les nôtres.
Ayant reçu le vide auquel nous aspirions, nous avions devant nous la tâche de mettre du sens dans le néant.
David Beers, Blue Sky Dream



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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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commentaires

Mo 01/05/2013 18:53

Déroutant cet album mais j'avais bien aimé. J'ai passé toute la lecture en ayant l'impression de survoler l'histoire mais finalement, ces récits imbriqués, à deux voix/deux époques m'ont beaucoup
plus. Je n'ai pas non plus perdu une miette de la partie "bonus" ^^

Colimasson 02/05/2013 08:25



Très bien pensée cette imbrication en effet ! elle rajoute beaucoup de nostalgie à cette histoire...