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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 14:16

 

 

 


 


Camille Claudel disparaît derrière Juliette Binoche. Bien que le générique nous annonce en entrée que nous allons découvrir la vie de la sculptrice lors de sa première année d’internement dans un centre médical du Vaucluse, il sera difficile d’associer l’actrice qui nous est présentée au personnage qu’elle doit jouer.
 


Plusieurs raisons peuvent expliquer cela, et tout d’abord le choix de Bruno Dumont de ne pas faire intervenir d’acteurs pour figurer les patients du centre médical mais des retardés mentaux bien réels. Ceux-ci deviennent dès lors l’objet d’une fascination mal contrôlée. Bienvenue au pays des monstres : la caméra s’attarde longuement sur les figures et les gestes de ces personnes, semblant vouloir nous convaincre de leur étrangeté. Ce ne sont pas les regards las et dégoûtés que leur envoie Juliette Binoche (Camille Claudel ?) qui viendront atténuer cette sensation. A ce stade du film, Camille Claudel 1915 ressemble à un Elephant man au premier degré, non pas considéré du point de vue de l’homme-éléphant mais du point de vue du Docteur Treeves et de son public.
 




Entourée de retardés mentaux qui ne simulent pas, Juliette Binoche se démène pour avoir l’air naturelle dans le rôle d’une Camille Claudel qui serait « seulement » un brin paranoïaque. La persuasion fait presque son effet lorsque Juliette Binoche se contente de marquer sa méfiance par des gestes lents, parfois saccadés, et des regards longs et pesants, mais sitôt que la joie ou la tristesse se manifeste, l’illusion cesse immédiatement. La caméra s’attarde trop longuement sur ces humeurs, comme s’il s’agissait de nous convaincre à long terme, par la seule force de l’hypnose. Bruno Dumont ne cherche pas à faire comprendre le personnage de Camille Claudel et semble croire qu’il suffit de montrer –le plus lourdement étant le mieux. Mais le procédé ne fonctionne pas. Les crises de désespoir du personnage deviennent les pleurnicheries agaçantes d’une actrice qui ne sait plus comment faire pour traduire la détresse ; ses monologues ne sont plus le fruit d’une inspiration créatrice mais l’excentricité baroque d’un réalisateur qui a mal su traduire l’imprévisibilité de son personnage névrosé. Pour un peu, voilà qui risquerait de nous désintéresser complètement de Camille Claudel. Heureusement, comme Bruno Dumont ne parvient pas un instant à dépasser l’illusion cinématographique, on se souvient qu’il ne s’agit que d’un film et que la vraie Camille Claudel mérite certainement plus d’intérêt qu’une Juliette Binoche centrée sur ses performances plus ou moins réussies d’actrice.




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Published by Colimasson - dans Film
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