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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 19:54
Capitale de la douleur (1926)





Capitale de la douleur… Quelle douleur ? Celle de se rendre compte qu’on reste totalement insensible à la forme d’expression qui se voudrait la plus personnelle –la poésie ?
Un livre peut-il séparer du sentiment de ses semblables lorsque, en le refermant après l’avoir trouvé négligeable, on découvre qu’il figure au 60e rang des 100 meilleurs livres du 20e siècle ? Qui a établi ce classement ? D’après quels critères ? Pour en apprécier la lecture, faut-il avoir vécu sous une période bien précise ? Faut-il avoir connu des expériences historiques et politiques spécifiques ? Faut-il disposer des références adéquates, sans lesquelles le sens caché d’un texte ne peut être révélé ?


Dernière question –dont la réponse déterminera celles de toutes les questions précédentes : un texte nécessitant tant de ces dispositions exactes pour être apprécié est-il vraiment absolument génial ? Je ne crois pas.


Avant de lire Capitale de la douleur, je n’ai pas fait la démarche de me renseigner sur l’intention de signification qu’a cherché à lui donner Paul Eluard. Je ne pensais pas que ce recueil serait composé de textes liés par un fil conceptuel. Après recherches, je m’aperçois que si : Paul Eluard décrit le voyage d’un homme en crise et la révolution de trois étapes décisives de son existence : genèse, paroxysme, résolution. Si on ne le sait pas avant de commencer la lecture, on ne le sait toujours pas une fois qu’elle est terminée… à moins d’être Paul Eluard. La limpidité n’est pas une caractéristique de son écriture, à croire qu’il a écrit en se disant : « Plus le lecteur restera éloigné de mes idées, mieux ce sera. Plus le lecteur devra faire d’efforts pour comprendre mes expressions inutilement alambiquées, ridiculement mystiques et symboliques, plus je pourrais revendiquer le caractère poétique et profond de mes poèmes ».


Mais après tout, certains lecteurs trouvent-ils vraiment une résonnance à leurs pensées à la lecture de ce recueil ? Pour ma part, les images convoquées par la poésie de Paul Eluard m’ont laissée totalement impassible. Deux figures de cas : l’indifférence neutre des expressions que le hasard semble avoir forgées –alignements de noms qui n’ont rien à faire les uns à côté des autres, et que même l’effort d’imagination ne suffit pas à rendre attrayants-, et l’agacement des expressions où le romantisme naïf cherche à se donner l’apparat d’une symbiose entre l’homme et la femme –la femme étant toujours une créature muette et mystérieuse, parée d’atours au symbolisme désuet.


La poésie de Paul Eluard a peut-être plu par ses velléités contestataires, à une période de l’histoire où la soumission à l’ordre était particulièrement prégnante ? Ma vision actuelle me fait surtout considérer ces tentatives de dissipation morales comme d’innocentes provocations adolescentes, l’envie de faire un pied-de-nez aux personnes « sérieuses » en hurlant au monde entier que soi-même on vaut mieux que les autres –prétention qui traduit une vision du monde réduite à peau de chagrin. Paul Eluard évoque la mort à travers ses squelettes et ses corbeaux noirs ; l’amour en invoquant les sirènes des territoires orientaux, les yeux bleus immenses, les corps frémissants ; et c’est à peu près tout. Freud dirait : pulsion de vie, pulsion de mort. La dualité éternelle se retrouve en grandes pompes, il n’y a finalement rien de se profondément bouleversant dans la poésie de Paul Eluard.


Capitale de la douleur est le livre de l’expérience zéro. A la limite aura-t-il seulement contribué à me désolidariser de ces mystérieux juges qui ont placé le recueil dans les meilleurs livres du 20e siècle –sentiment dont je me serais bien passée, et qui contribue une fois encore à augmenter ma déception.

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Published by Colimasson - dans Livre
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