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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 15:41
Casse-Pipe (1949) de Louis-Ferdinand Céline




Résumé :
Citation:
Ce roman inachevé retrace le rude apprentissage de la condition militaire par un jeune engagé, avant la Première Guerre mondiale.


Hum… Pas très parlant ce résumé… J’ai trouvé mieux :

Citation:
C'est là le manifeste antimilitariste de Louis Ferdinand, conséquence d'un réel engagement le 28 septembre 1912 dans le douzième régiment (qui devient le dix-septième dans Casse-pipe) décrit avec désespoir dans le Carnet du cuirassier Destouches. Ce carnet incomplet recense des pensées sur l'armée, les comportements des soldats, son incompréhension de la hiérarchie et son désir de désertion qui se ressentiront dans Casse-pipe.

Source : link

A noter que les notes du Carnet du cuirassier Destouches ont été écrites en 1913 à l’âge de 17 ans.

Avec ce texte, on est vraiment confronté au style de Céline dans tout ce qu’il a de plus inimitable. C’est truffé d’une ponctuation expression, d’interjections, d’onomatopées, de cris… A en devenir parfois un peu incompréhensible, il faut bien l’avouer…
Voyage au bout de la nuit était dans ce sens beaucoup plus abordable et même s’il préservait le style propre à Céline, il ne constituait pas non plus une limite à sa compréhension, ce qui est le cas dans Casse-Pipe. L’histoire se traîne un peu en longueur… Casse-Pipe, un roman inachevé ? La question que je me suis posée, en l’ayant terminé, était la suivante : si Céline en avait terminé la rédaction, combien de pages aurait-il fait ? Je pense que ç’aurait été un monstre :suspect :

Bon, mis à part ça, le style, l’expression, le rythme, sont toujours aussi délectables. D’autres le disent bien mieux que moi :

Citation:
Il nous brosse un tableau brut, une véritable "croûte" : point de description construite ici ; les personnages, les lieux, les actions, tout est entr’aperçu au travers de ces cris quasi incompréhensibles pour qui n'est pas familier de l'écriture de Céline ; cris bestiaux teintés de haine, de peur et de paresse.

Source : link

Mais surtout, chapeau le rythme ! Certaines tirades pourraient presque être mises en chanson :

« Y a des malheureux partout, mais la façon la plus pire c’est de briffer gros comme ça la fouasse pour un sou par jour !... Que je dis ! Que je cause ! Bonjour ! Au revoir, monsieur l’Hôpital ! Et chiez donc, bonnes sœurs ! Pauvres de nous ! Bêtes maudites ! Vivement la guerre qu’on se tue ! Pauvres de nous ! Bêtes à mitraille ! Ecole à feu ! Il a bien de muter, l’infect doublard ! Orfize de mon cœur ! Je l’encadrais ! Je lui faisais la cravate des dimanches avec son boyau ! et voilà ! Parole d’ancien !... »

Et le vocabulaire est délectable aussi… Razz Entre les ramponneaux qui glaviotent avant d’entrer dans leur canfouine et les gandins qui poulopent dès lors qu’il se met à lansquiner un peu, vous n’aurez pas fini d’en apprendre du beau de l’argot !

« C’est la mer furieuse sens dessus dessous, la tempête à sauve qui peut… Tous les raccrochés par les poils, en bas dans la sciure, caracoleux, les nuages du pétrin plein la vue, jusqu’à l’instant où tout désossé, s’arrache, disloque, propage à dame, s’épanouit ! Bonhomme ! Sanfrusquin ! Pigeon vole ! Bascule ! Vidés ! labourent fendus ! Au ventrail hurlent ! A folles embardées, arrachent encore ! Ravinent à mort plein les sabots ! Epouvantable spectacle ! »

Et les descriptions, toujours aussi sordides dans leur description d’une réalité qui tâche :

« Le brigadier Le Meheu il était martyr des furoncles. Toujours un autre qui lui perçait. Ca lui mettait du pus partout. Au pied à terre, à la manœuvre, pour décoller sa culotte, il poussait des gueulements horribles. Il se montrait plus au major, il s’entaillait tout ça lui-même, franchement, à plein lard, au couteau. Pflac ! Il en avait eu des centaines de furoncles, un peu partout. Il se pansait avec de la paille, du cerfeuil et de l’ail. Jamais lui des cataplasmes, des cochonneries à la bouse, il en voulait pas, rien que du végétal, il en était fier. C’était toute une cérémonie la confection des emplâtres. »

Bref, ce petit Casse-Pipe est à réserver pour ceux qui se délectent du style de Céline. Sinon, mieux vaut passer son chemin.
A savoir, il existe une adaptation illustrée de ce roman effectuée par Jacques Tardi.




Citation:
De cette transposition du vécu en mots, Jacques Tardi a fait à son tour une transposition visuelle, avec la même fidélité à la sensibilité célinienne dont il avait déjà fait preuve dans son travail d’illustration de Voyage au bout de la nuit. Les dessins en noir et blanc, les nuances de gris de Tardi, collent parfaitement à la noirceur, le désespoir, mais aussi l’humour qui hantent les personnages du roman. En découle une œuvre à part entière qui n’est pas seulement
une illustration mais surtout une variation en images. Du grand art !


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Published by Colimasson - dans Livre
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commentaires

Bardamu 24/11/2014 00:32

J'ai le regret de n'être encore pas d'accord avec vous. Je serais plus bref qu'à propos de "D'un château l'autre" : "Casse-Pipe" est pour moi "Le Grand Combat" de Michaux étiré sur 100 pages où Céline se rapproche à la limite de l'abstraction pour faire ressortir la puissance du flux de sa rage couchée sur le papier et pour faire ressortir la musicalité de son rythme. Pas besoin d'être célinien endurci pour aimer cela.

N'est-ce pas Verlaine qui écrivait "De la musique avant toute chose" ?