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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 21:47
 



Cloclo, chanteur à minettes ? Les minettes auraient été terriblement déçues si elles avaient connu leur « beau Claude » dans toute sa réalité. Peut-être auraient-elle cessé de faire le planton devant chez lui toute la journée, sous la pluie, dans le froid, sous le soleil, matin et soir –toute la journée !- si elles avaient deviné que son perfectionnisme et son air de prince charmant dissimulait une dette aussi bien financière que psychologique que le chanteur essayera, sa vie durant, de rembourser à son père. Le processus de la sublimation trouve dans ce film une illustration puissante. La musique, même si elle est avant tout une passion et un talent, constitue aussi la voie ultime permettant à Claude d’obtenir la reconnaissance de son père puis du reste de sa famille, et de s’attirer le succès auprès de femmes qui ne devront jamais lui faire de l’ombre.


Dans ce film, fi de Cloclo, le blondinet à paillettes qui se trémousse sur des airs dindons. Le plus impressionnant, c’est de se rendre spectateur de la métamorphose du jeune homme naïf au grand businessman aux comportements presque schizophrènes. On comprend toutefois que derrière ses deux visages contradictoires (l’un souriant, l’autre grimaçant) se trouve le même tempérament avide. Dans un cas, ce tempérament accomplit tous les succès de Claude, dans l’autre, il le pousse à développer les combines les plus machiavéliques pour conserver son rôle de chanteur dominant. Est-ce que le film représente Claude François de manière réaliste ? Ses traits semblent parfois si excessifs qu’on pourrait en douter, mais à carrière exceptionnelle, caractère exceptionnel… Et ce n’est pas ce qui importe le plus. Cloclo constitue tout d’abord un prétexte pour aborder le destin d’un homme qui, dans le pire des cas, lui ressemble quand même de manière brillante. On ne le lâche pas une seconde et sa transformation en homme d’affaires avide reste crédible jusqu’à la fin. Le potentiel sympathie du petit blondinet innocent des débuts, un peu naïf et doucereux, diminue peu à peu, remplacé par un potentiel anxiogène qui se déverse d’un coup sur le spectateur. Les attentes qui pèsent sur Cloclo renforcent son perfectionnisme et son côté obsessionnel. Nerveux, agressif, il en viendrait presque à nous terrasser, comme il inquiète d’ailleurs souvent sa mère, sa sœur, ses amantes… On comprend que cette violence est la conséquence d’un surmenage : Cloclo, qui veut se donner entièrement à qui veut bien l’entendre, s’épuise sur scène et en coulisses à vouloir exceller. A son paroxysme, le film se suit comme l’on piquerait un sprint. L’épuisement se transmet jusqu’au spectateur qui n’en glande pas une.



A côté de cette introspection, le film offre un point de vue original sur une époque puisqu’il n’hésite pas à évoquer la nationalisation du canal de Suez lors de l’enfance de Claude, la montée du disco, la découverte du funk, et l’apogée d’une société commerciale qui absorbe et rejette les starlettes de la chanson le temps d’un single. Pour ne pas finir rebut délaissé du système, pauvre machin oublié en moins de six mois, Cloclo se perd. Mais c’est un sacrifice qu’il a désiré. Les chansons qui ont fait son succès s’intègrent au cours du film et font écho à une nouvelle stratégie commerciale ou à un évènement marquant de sa vie. En tout cas, aucune ne se raccroche à l’intrigue sans justification. Toutes les chansons ont leur raison d’être et contribuent à former un tout cohérent, à la limite de la comédie musicale.

Fans de Cloclo : vous trouverez ici de quoi nourrir votre enthousiasme. Pas fans de Cloclo : vous aurez droit à une tragédie grandiose. A la limite, les seuls qui ne supporteront pas le film sont ceux qui ne tolèrent vraiment pas ses chansons. Ou ceux qui n’auront pas envie de se taper une insomnie à force de se repasser les mélodies en boucle dans la tête…

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Published by Colimasson - dans Film
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commentaires

Clovis Simard 15/07/2012 04:09

Blog(fermaton.over-blog.com),No-21. -THÉORÈME HISTORIA. - La chute des empires.