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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 18:59







Bienvenue dans le Royaume des Morts… Oui, bienvenue à vous, spectateur, qui aurez l’honneur de ne faire qu’un avec l’âme défunte du mystérieux japonais qui introduit Colorful. Dans un hall aux couleurs ternes, Pura-Pura, petit guide à l’allure de garçonnet, vous accueille en grandes pompes pour vous annoncer que la mort a décidé de vous épargner. Allez savoir pourquoi, mais une chance vous est offerte de vous racheter du crime commis dans l’existence que vous venez de quitter. Vous ne vous souvenez plus de la nature de ce crime, mais Pura-Pura vous assure de sa gravité. Votre rédemption vous coûtera cher, puisque vous allez incorporer provisoirement le corps d’un jeune japonais de 14 ans qui a tenté de mettre fin à ses jours. Vous imaginez que sa vie ne devait pas être un beau parcours longé de cerisiers en fleurs…et vous avez raison.





Makoto Kobayashi, habité par l’âme en rédemption, se réveille à l’hôpital entouré de ses parents et de son frère aîné. Pura-Pura rôde toujours dans les parages pour informer l’âme des éléments qui pourraient lui manquer pour comprendre son nouvel univers : qui sont ses parents, comment s’entend-il avec eux, pourquoi est-il en froid avec son frère, pourquoi les élèves de sa classe se comportent-ils si mystérieusement à son égard… ? Entre autres questions, celle, cruciale, à laquelle Pura-Pura ne veut pas répondre : pourquoi Makoto Kobayashi a-t-il cherché à se suicider ? De jour en jour, l’âme ne tardera pas à se faire une idée sur la question. Makoto Kobayashi s’est retiré dans une bulle de solitude. L’incommunication l’a reclus loin des siens et loin des autres, l’indifférence cédant peu à peu le pas à l’animosité.




L’âme ne comprend pas comment Makoto Kobayashi a autrefois pu se comporter pour arriver à un tel stade de déchéance sociale. A son tour, elle se prend à éprouver du mépris pour ce jeune garçon et se comporte avec audace et insolence, exprimant sa colère dans des gestes et des paroles qui étonnent ceux qui connaissaient l’ancien Makoto. Dans le Japon décrit par Keiichi Hara, s’inspirant d’un roman d’Eto Mori, la prostitution, le suicide, la compétition scolaire et l’incommunicabilité forment des obstacles expliquant légitimement le désarroi que n’importe quelle personne un peu trop sensible peut ressentir. Beau pays que le Japon, avec ses paysages naturels encore préservés et les traces de son passé encore incarnées dans son architecture, mais société terriblement exigeante et impitoyable pour les plus faibles d’entre les hommes.





Keiichi Hara nous présente bien cette dualité avec Colorful. L’animation méticuleuse permet de s’approcher au plus près des émotions des personnages. Sous une apparence classique et soignée, la représentation visuelle en générale ne donne pas l’impression de s’approcher d’une œuvre singulière, et pourtant son propos est loin d’être aussi innocent et anodin qu’on ne pourrait le croire de prime abord. Malgré quelques longueurs et une morale convenue, Colorful sera l’occasion de traverser une part des ténèbres japonaises.

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Published by Colimasson - dans Film
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