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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 22:37







Dans la maison propose une double narration imbriquée qui tend très vite à l’exercice de style cinématographique et littéraire. Claude est un lycéen ordinaire qui se distingue de ses camarades par l’originalité de sa vision du monde. Pour lui, la réalité est un terrain de jeu sur lequel il expérimente la trame de ses récits. La nouvelle intrigue qu’il décide de vivre et d’écrire commence justement quelques jours avant que Germain, son professeur de français, demande à Claude et aux élèves de sa classe d’écrire une rédaction racontant leurs péripéties du week-end dernier. Blasé par la médiocrité des travaux que lui rendent ses élèves, Germain s’arrête sur la copie de Claude. Développée, bien écrite, comportant ce qu’il faut de provocation, elle retient son attention. C’est surtout l’annotation qui conclut ce devoir –un « A suivre… » entre parenthèses- qui donne envie à Germain d’en savoir plus. La suite de l’histoire arrivera par épisodes, Claude livrant ses rédactions en échange des livres préférés de Germain. Au-delà de la relation professeur-élève se crée une relation père-fils mais aussi une relation dépendant-manipulateur.





Dans la maison fait passer son spectateur dans différentes phases successives. Il se montre tour à tour :
• Intrigant : L’originalité de la narration, avec son imbrication de différents niveaux de réalité –l’un concret et indubitable, l’autre incertain et peut-être fantasmé- se montre efficace et retient l’attention.
• Agaçant : Passée la mise en place de l’intrigue vécue –fantasmée ?- par Claude, Germain recommande à son élève d’introduire des éléments aptes à retenir l’intérêt de son lecteur. On entre au cœur de l’écriture fictionnelle, mais son illustration à l’écran devient malheureusement laborieuse. On vire à l’exercice de style pas très convaincant –réécriture d’une même scène considérée d’après deux positions littéraires différentes- ou à la dramatisation extrême voire caricaturale –position d’ailleurs elle-même critiquée dans le film par l’intermédiaire de Germain. Les personnages deviennent totalement désincarnés. Toute la magie de l’illusion créatrice s’effondre.
• Convaincant : La conclusion du film rattrape heureusement sa dernière partie. Ozon s’amuse à prendre au piège son spectateur et met en évidence les ficelles du métier d’écrivain/réalisateur. Le point de vue qu’il véhicule sur l’écriture et la lecture est original et laisse transparaître une conviction véritablement vécue par François Ozon. On sent que Dans la maison s’adresse aux amoureux de la fiction et que le film cherche à exacerber leur passion de l’imaginaire en faisant miroiter l’infinité des possibles qu’elle suggère.





Ainsi, malgré quelques passages laborieux qui feront clairement ressentir le besoin de se réintégrer à la réalité, Dans la maison est un film qui cherche à dispenser tous ses atours –distraction, rebondissements, humour, fantasmes- dans le but de démontrer qu’il est nécessaire au créateur de charmer son lecteur -créature dépendante et sensible à la séduction. Une vision de l’acte de création parmi tant d’autres, celle-ci ayant l’avantage de pouvoir se traduire derrière les images d’un film efficace et distrayant.

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Published by Colimasson - dans Film
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