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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 10:00




Dieu merci, Des hommes et des Dieux ne s’adresse pas qu’à un public de fidèles, croyants et dévoués, seules personnes aptes à percer les mystères d’un discours que je craignais occulte ou réservé à un public de connaisseurs. Au contraire, la religion se ferait presque oublier si elle ne représentait pas le motif central des menaces qui pèsent sur les huit moines cisterciens de Tibhirine.



Les premières minutes du film nous montrent la cohabitation tranquille et amicale des habitants musulmans de Tibhirine avec ces moines chrétiens, cohabitation qui passe évidemment par l’échange de bons procédés, mais qui semble toutefois appréciée à l’unanimité. La religion semble ici réduite au caractère le plus important de son message : l’amour de son prochain. La force de cette conviction est éprouvée totalement dans cette cohabitation avec l’étranger, et les moines autant que les villageois s’en sortent très bien. Tout le bel équilibre qu’ils ont réussi à mettre en place se trouve malheureusement ébranlé par les menaces d’un groupe islamiste dont la démonstration frappante s’effectue avec le massacre d’une équipe de travailleurs étrangers. Les moines chrétiens seront leurs prochaines victimes. A partir de ce moment-là, les figures des villageois musulmans s’estompent. On les retrouve seulement lorsqu’ils deviennent à leur tour des objets de suspicion pour les membres du groupe islamiste qui s’infiltre dans le monastère. L’interrogation principale qui devient alors l’objet du film est la suivante : jusqu’à quel point peut-on être fidèle à ses convictions religieuses ? Plus généralement se dresse en filigrane une interrogation qui vise plus globalement à cerner l’importance des valeurs et des convictions que se donnent les hommes pour conduire leur vie de façon à atteindre le but qu’ils se sont donnés.



La résolution de ce questionnement est menée par Xavier Beauvois avec une humanité sincère et une miséricorde qui résument toute l’idée que ces huit moines se font de leur religion. Face à la brutalité primaire du groupe islamiste qui s’oppose à eux, on pourrait craindre une vision trop réductrice des religions chrétienne/islamique, mais de nombreux détails dans le film nous font bien comprendre que ce n’est pas le cas : tout d’abord parce que ces huit moines ne sont pas représentatifs de la religion chrétienne, se distinguant de leurs confrères par leur volonté de se retirer dans un territoire a priori hostile, et ensuite parce que les villageois musulmans représentent eux aussi la tempérance dans les liens d’amitié qu’ils nouent avec leurs voisins chrétiens.



Pour couronner le tout, Xavier Beauvois accompagne ces réflexions morales et existentielles de recherches esthétiques originales. De cette originalité qui surprend, que l’on pourrait même parfois trouver inadaptée (l’exemple le plus éloquent est celui de l’utilisation de la musique du Lac des Cygnes dans la scène du repas final) naît une force de persuasion qui marque longtemps l’esprit. Il reste toutefois un malaise : celui suscité par tous les propos et justifications qui sortent de la bouche d’Amédée, de Christophe, de Luc, de Christian… Sont-ils vraiment les leurs, ou ne constituent-ils que le produit d’une réflexion spéculative de Xavier Beauvois ? Après avoir vu tant de dévouement à l’écran, on se sentirait presque devenir religieux, à la manière de ces moines dont on vient de nous brosser le portrait, et on aimerait bien leur épargner cette transformation qui fait d’eux des héros surhumains bien éloignés de leur propre vision de la dignité humaine.

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Published by Colimasson - dans Film
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