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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 10:44





Han Fei Tseu aurait-il remporté la majorité s’il s’était présenté aux dernières élections présidentielles ? Avant de poser cette question, il faudrait plutôt de savoir si ce philosophe du courant légiste, qui prônait la mise en place d’un état fort, ne laissant aucune possibilité de corruption du gouverneur, et qui critiquait ceux d’entre eux qui se laissaient séduire par les paroles flatteuses ou les sophismes de subordonnés avides, aurait accepté de participer à ce jeu électoral de la démocratie.

La lecture de ce volume d’Ethique et Politique réalisé par Tsai Chih Chung et consacré –comme on l’aura compris- à la pensée de Han Fei Tseu, ne se propose pas de répondre à cette interrogation légitime, mais permettra au lecteur de faire connaissance avec une pensée qui n’est pas volontiers mise en avant. Son intransigeance fait peut-être peur et on préfère l’oublier en la reléguant à l’arrière-plan d’une pensée plus souple, telle celle de Confucius. En vue des évènements du siècle passé, l’idée d’un gouvernement reposant sur des lois sévères et non pas sur la communication et la réflexion avec le peuple peut rappeler de mauvais souvenirs. Pourtant, il serait dommage de passer sous censure les idées de Han Fei Tseu. L’application inflexible et totale de l’ensemble de ses idées relèverait d’un gouvernement extrême, mais l’observation séquencée et individuelle de ses principes permettrait peut-être de nourrir des observations utiles pour notre gouvernement actuel. Mieux que ça, la pensée de Han Fei Tseu se montre également pertinente pour la direction de toute organisation hiérarchisée. Elle rappelle quelques fondamentaux du caractère humain dans une vision qu’on pourrait juger pessimiste –la jalousie et l’envie sont les fléaux majeurs à l’origine de la fourberie et des manigances égoïstes- et cherche à orienter la réflexion personnelle de chacun afin de renforcer ses capacités de discernement et de lui faire prendre conscience de l’importance de s’accrocher à ses valeurs morales face aux comportements corrupteurs.

« Un souverain qui dévoile ses sentiments s’expose à être trompé par les vassaux qui s’adaptent à ses souhaits. Profitant de cette capacité, ils outrepassent leur rôle et participent ainsi au pouvoir du trône. »

Tsai Chih Chung nous présente la pensée de ce philosophe chinois du 3e siècle avant J.C. sous une forme originale, puisqu’il s’agit d’une bande dessinée découpée en plusieurs parties comme en autant d’aphorismes. Sur deux ou trois pages, une pensée particulière est prise à part et illustrée à travers la représentation d’une scénette de la vie quotidienne. La sentence tombe à la fin de chaque partie, comme la morale représentative du conte ou de la fable. Pas de risque de se perdre dans les dédales de la pensée de Han Fei Tseu : elle apparaît limpide, sans jamais négliger pour autant la complexité de ses implications. La mise en contexte de la parole du philosophe permet également de se souvenir qu’une pensée est avant tout le produit d’un homme et d’un environnement social et politique. On comprendra donc mieux ce qui a permis à la pensée de Han Fei Tseu de s’épanouir et d’être à l’origine de la politique autoritaire de Quin Shi Huangdi, aussi appelé le « Premier Empereur de Chine ».

Malgré une forme austère –du noir, du blanc, beaucoup de texte, des dessins sans grande personnalité- cet ouvrage de Tsai Chih Chung permet d’approcher une œuvre philosophique peu connue. Le dessinateur prolonge ainsi la pensée de Han Fei Tseu qui avait ainsi averti ses lecteurs : « Les décorations apparentes éclipsent souvent l’objet principal. L’importance d’un discours se trouve dans sa substance. La littérature pompeuse et excessive ne fait que noyer le thème principal ». Qu’on se le tienne pour dit.

Quelques principes illustrés :

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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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