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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 22:28


Etienne Dinet, peintre orientaliste du 19e siècle, mérite particulièrement que l’on s’attarde sur son cas. Entre les différents rejets et engouements dont il a pu être l’objet, on devine le potentiel contenu par son œuvre et son parcours dans la réalisation d’un essai biographique qui saura attiser la curiosité.

En 1884, Etienne Dinet découvre le sud algérien dans la région de Bou-Saâda. Quinze ans plus tard, il s’y installe définitivement. Il se convertit à l’islam et prend le prénom de Nasr-Eddine. Son amour pour l’Orient est sincère, et son œuvre ne cessera de s’attacher à la représentation de cette terre qu’il adore et qui l’aura transformé.

Dans son essai biographique sur le peintre, Naïma Rachdi décrit avant tout les principales phases qui ont défini la réception de l’œuvre de Dinet auprès du public (qu’il s’agisse d’amateurs ou d’experts, en provenance de l’Orient ou de l’Occident). La démarche de Dinet et ses méthodes de travail sont survolées, et évoquées seulement lorsqu’il est question de juger ou non l’honnêteté de la démarche du peintre dans sa représentation d’un Orient idéalisé. En effet, les principales questions qui opposent les aficionados du peintre à ses détracteurs concernent le caractère fantasmé de la plupart de ses œuvres. Ces peintures magiques, qui semblent sorties tout droit du conte des Milles et Unes nuits, sont-elles le symbole d’un Occident qui cherche à asseoir sa supériorité culturelle sur un peuple que l’on s’imagine aussi pur et innocent qu’un enfant, ou le regard rempli d’amour d’un peintre pour sa patrie de cœur ? Que penser de l’absence de la représentation des troupes coloniales dans ces peintures ? N’est-ce pas une façon de faire oublier la réalité politique de l’Orient, d’éviter de remettre en question un contexte défavorable pour l’Occident ?

Ces questions intéressantes ne trouveront pas de réponse absolue dans le livre de Rachdi, et c’est tout en sa faveur. A chacun de se forger son opinion, et de prendre en compte les différents points de vue qui ont émané sur ce sujet au cours des siècles passés.
Là où la déception se fait davantage ressentir, c’est dans la brièveté du développement des chapitres. Il semblerait que tout le monde –ou presque- aurait pu écrire le livre de Rachdi, à condition de détenir les sources nécessaires. En effet, la moitié de l’essai ne consiste en rien de plus qu’en l’extrait de nombreux passages de la biographie du peintre réalisée par sa sœur, Jeanne Dinet-Rollince. On a parfois l’impression de lire un abrégé de cette biographie. L’expérience est frustrante –il aurait mieux valu lire directement les écrits de Jeanne Dinet-Rollince.

Au milieu du livre, des illustrations de certains tableaux d’Etienne Dinet sont rassemblées sur papier glacé. Le format du livre ne les présente pas à leur avantage mais donnera un bon aperçu des œuvres du peintre, pour ceux qui ne les connaissaient pas encore. En revanche, rien ne justifie le choix de telles peintures par rapport à telles autres. Celles qui sont présentes ne sont pas évoquées par Naïma Rachdi et d’autres, qui font l’objet d’un ou deux paragraphes de son essai, ne sont pas représentées dans le fascicule central.

Cet essai permettra donc éventuellement à ceux qui ne connaissent pas Dinet de se faire un aperçu rapide de son œuvre et des controverses qu’elle aura suscitées. Mais là encore, la matière sera certainement insuffisante. L’approfondissement se fera au-delà de l’essai de Naïma Rachdi, pour ceux qui auront été séduits un minimum par la présentation qu’elle aura brossée du peintre.


« [Je ne suis] ni un savant ni un amateur, mais simplement un artiste, et qui ne peut s’empêcher de considérer les arts comme l’expression la plus haute et la plus éloquente de la vie et de l’idéal des peuples, et qui craint qu’on ne fasse de l’art enchanteur de cet Orient merveilleux ce qu’on a fait pour nous de sa littérature : une chose morte entre les mains des grammairiens et des philosophes, gens très érudits et fort estimables assurément, mais qui oublient trop souvent que, si cet art et cette poésie exercent une fascination aussi intense sur nos imaginations, c’est qu’ils ont puisé leurs éléments aux sources les plus émouvantes de la vie et de la nature et qu’ils sont le véritable reflet du grand soleil d’Orient auquel nul autre ne peut être comparé. »
Etienne Dinet

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Published by Colimasson - dans Livre
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commentaires

rachdi 28/10/2014 20:09

salam cava