Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 19:15






En littérature, les voyages dans l’espace permettent parfois d’agréables dépaysements… Lorsque ceux-ci se conjuguent au voyage dans le temps, l’exotisme devient absolu…


Floire et Blanchefleur est un conte écrit par un clerc du XIIe siècle. Considéré comme un des récits fondateurs de la fiction sentimentale, il a connu, au Moyen Âge, un succès qui s’est peu à peu tari au fil des siècles. Il ne tient qu’au lecteur contemporain de le redécouvrir avec plaisir… Peut-être avec un brin de tendresse condescendante au début ? Il faut dire que l’histoire s’ouvre de manière très conventionnelle et donne l’impression de lire un conte pour enfants. On retrouve tous les éléments typiques de ce type de fiction avec retour sur la généalogie des personnages principaux, description de leur enfance, de leur croissance et de leur environnement familial. Cela semble très (trop ?) classique, mais seulement parce que la trame narrative -sans doute du fait de son efficacité-, a été réutilisée à outrance par la suite. Deux pages plus tard, les a priori se dissipent déjà… Derrière une apparence de classicisme qui ne saurait plus étonner les lecteurs endurcis que nous sommes, les premières impressions d’un charme baroque apparaissent. Si les descriptions peuvent paraître manichéennes, avec d’un côté les méchants et leur cruauté exacerbée, et de l’autre les gentils et leur bonté hors du commun, les situations qui leur sont attribuées le sont tout autant : d’un côté on tranche des têtes à tout va et pour le moindre propos, de l’autre on se pâme dans des jardins luxuriants qui s’apparentent en tout point, dans leur faune et leur flore foisonnante, au paradis perdu d’un monde innocent.


« Le jardin est toujours en fleurs, toujours y retentit le concert des oiseaux. Il n’est au monde d’essence précieuse, ébène, platane ou alisier, ni d’arbre greffé, doux figuier, pêcher ou poirier, ni noyer ni aucun autre arbre fruitier dont ce parc ne soit abondamment pourvu. On y trouve du poivre, de la cannelle, du galanga, de l’encens, du girofle, de la zédoaire, et bien d’autres épices aux très douces senteurs. Il n’y en a pas tant, que je sache, dans l’Orient et l’Occident réunis ! Celui qui, dans ce jardin, respire le parfum des épices et des fleurs et entend le ramage des oiseaux et le chant modulé des cigales, il doit, dans ce concert harmonieux, se croire au Paradis. »



Le voyage dans le temps se fera non seulement par rapport à la chronologie, mais aussi par rapport à la nouveauté émerveillée que semble connaître l’amour qui lie Floire et Blanchefleur. La passion y est décrite simplement et ses seuls obstacles sont extérieurs. Le motif est classique : une discordance des conditions sociales empêchera les deux enfants amoureux de s’épouser, et pour éviter que Floire ne soit trop malheureux, on envoie Blanchefleur dans les pays lointains, espérant que l’éloignement lui permettra de l’oublier. Mais ce n’est pas le cas et Floire s’engage dans une aventure qui devra le conduire à retrouver sa dulcinée. Cette quête sera l’occasion de découvertes surprenantes. On mise peu sur la psychologie des personnages, mais davantage sur la trame dramatique et la succession des rebondissements.





Finalement, Floire et Blanchefleur s’avère beaucoup plus dépaysant que prévu… La lecture le sera encore plus si on jette un coup d’œil au texte original, représenté en miroir à la traduction en français moderne. Les annotations des traducteurs permettent de s’approprier certaines subtilités de traduction et de découvrir les variantes d’un même extrait. La publication de ce texte aux éditions Champion Classique présente donc un intérêt indéniable pour les curieux de langue ancienne qui trouveront, autour du conte, de nombreuses explications, un glossaire des termes médiévaux et une liste des références employées dans le texte. Doté de tous ces outils supplémentaires, la valise du voyageur temporel est fin prête pour embarquer vers des contrées littéraires anciennes et baroques.


Le Moyen Âge n'est pas seulement généreux avec Rabelais. Ici aussi, les festins sont copieux et ravissants :
Citation:


« Ce fut là un grand et joyeux festin ! Le service y fut parfait. Les sommeliers apportèrent du vin aux aromates, tous les hanaps étaient d’or pur : dans de précieuses coupes d’or fin ciselés, on servait à profusion à travers le palais vin et clairet. Tous les valets s’enivrent. Vous ne sauriez imaginer un plat que vous n’auriez pu voir servir en cette occasion : grues, oies sauvages, hérons, outardes, cygnes et paons, feuilletés, oublies, ragoûts de gibier et pâtés fourrés de petits oiseaux vivants : quand on brisait les pâtés, les oiseaux se dispersaient en voletant ; alors vous auriez vu faucons, autours et émerillons, et de nuées d’émouchets se mettre à poursuivre les petits oiseaux ! Vous auriez pu entendre les instruments, les airs de vielle et les chœurs ! A ce festin, la plupart des convives s’amusaient comme des fous. »



Citation:
« Les hôtes, Daire et Licoris, ont fait asseoir Floire entre eux. Ils se font servir somptueusement, dans de belles coupes d’or et d’argent, du vin pur, des boissons aux aromates et aux épices et toute sorte de décoctions et de liqueurs.
On leur apporte à profusion de bons plats de volailles et de gibier, et ils peuvent se régaler à loisir des meilleurs morceaux de cerf et de sanglier, de grues, d’oies sauvages, de hérons, de perdrix, d’outardes et de plongeons. Il y en a eu plus qu’assez pour tout le monde
Une fois qu’ils furent rassasiés, Daire fit alors apporter en musique les fruits, grenades, figues et poires –comme la boisson allait bien avec !-, pêches, quantité de châtaignes, car ils en ont en abondance dans ce pays. Ils mangent de ces fruits succulents, ils boivent de ces délicieux breuvages et se laissent gagner par l’euphorie et par la joie. »
 

Partager cet article

Repost 0
Published by Colimasson - dans Livre
commenter cet article

commentaires