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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 18:16
 





Même en ne connaissant que de loin l’œuvre de Joyce Carol Oates, une chose semble évidente à la vision des Confessions d’un gang de filles : Laurent Cantet n’a pas trahi l’écrivain. Ses obsessions de tous livres éclatent dès les premières minutes à l’écran. Demoiselles, épouses et amantes sont meurtries de toutes parts par une gente masculine bien peu encline à les traiter avec le respect qu’elles attendent pourtant… Et demoiselles, épouses et amantes auraient bien plutôt tendance à s’éloigner les unes des autres alors qu’il serait ô combien plus judicieux de se rapprocher et de fomenter un complot contre ces vils queutards qui n’attaquent qu’en bande.




Telle est l’idée de Legs, fondatrice du gang des Foxfire qui réunit sous son aile ses plus proches amies. Lorsque Rita s’intègre au groupe, après s’être rebiffée en se vengeant des humiliations subies par son professeur de mathématiques, le gang prend une tournure qu’on pourrait qualifier de « féministe ». L’association fait la force et les hommes ne réussiront pas longtemps à assurer leur domination sur ces proies faciles que constituent ces jeunes filles. A ce stade, Foxfire n’a encore rien de bien sérieux… on replonge mi-excité, mi-honteux, dans cet univers enfantin que l’on a bien connu, tout en démesure et en mégalomanie : il suffit d’un coup de pinceau rouge sur les vitrines des commerçants pour se croire révolutionnaire dans l’âme… Si ces actes anticapitalistes et revendicateurs signifient vraiment quelque chose pour Legs, on doute que ce soit également le cas pour ses amies qui s’amusent plutôt de l’agrément et du divertissement de ces coups d’états microscopiques.


Bien sûr, Joyce Carol Oates ne se serait jamais contentée d’une histoire qui en reste là. Laurent Cantet suit ses traces et reproduit chacun des évènements imaginés par l’auteur. En très peu de temps, Foxfire dégénère : Legs est envoyée en maison de correction pour cinq mois et lorsqu’elle rentre, ses idées sont plus exaltées que jamais. Croisant la route d’une vieille bicoque en pleine campagne, elle paie trois mois de loyer pour s’y installer avec le reste du gang qui, entre temps, s’est enrichi de quelques nouvelles malheureuses. Mais il faut vivre, manger… disposer d’argent ! Legs refuse que cette considération soit au centre des préoccupations des Foxfire. L’idée est la suivante : se faire un maximum d’argent en peu de temps, tout en continuant à se venger du mal supposé régner à l’intérieur de chaque carcasse masculine. Et lorsqu’une frontière de l’infaisable semble dépassée, une nouvelle apparaît, sur laquelle Legs se lance aussitôt, recevant plus ou moins d’approbation de la part de ses pairs.




On retrouve dans cette adaptation de Laurent Cantet les mêmes défauts qui peuvent nous faire grincer des dents à la lecture de Joyce Carol Oates. La surenchère est de mise, qui rend parfois certaines scènes ridicules, ou qui assoupit l’attention du spectateur –parce qu’à force d’être abruti par une cascade de péripéties, on finit réellement par avoir la tête aussi vide qu’après avoir reçu un bon coup de batte derrière la nuque. Mais une force permet toutefois de rester un tant soit peu attentif… Les personnages des jeunes filles nous subjuguent : en elles-mêmes ou dans leurs relations avec autrui, elles ne semblent jamais jouer un rôle et illustrent une idiosyncrasie qui porte à ne jamais lâcher le regard sur leurs faits et gestes. Chacune ont leur raison différente de vouloir s’intégrer aux Foxfire, et si toutes rejoignent en apparence les revendications politiques de Legs, on comprend que d’autres espoirs et d’autres blessures interviennent majoritairement dans leur choix. Manière également de s’interroger sur le fonctionnement d’une communauté autarcique et de disséquer minutieusement les raisons de son échec…




Comme dans tout bon roman de Joyce Carol Oates, Laurent Cantet ne nous permet pas de trancher : qui, du sadisme ou de la réflexion, a fondé le premier la genèse des Confessions d’un gang de filles ? On se demande si la cruauté complaisante qui n’épargne pas une minute du film sert à la démonstration d’une quelconque théorie politique ou sociale… ou si cette même théorie n’est qu’un prétexte permettant à l’auteur (puis au réalisateur, puis au spectateur) de jouir de son imagination sordide… ?

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Published by Colimasson - dans Film
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