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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 13:28
Fritz Haber Tome 3 : Un vautour, c’est déjà presque un aigle… (2010) de David Vandermeulen



Résumé :

Citation:
« 1915 fut pour Fritz Haber une année fatidique, lorsque le 22 avril il lança son ordre de lâcher la première attaque aux gaz sur le front belge. 1915 fut aussi pour ses amis et "coreligionnaires" comme Einstein, Walter Rathenau ou encore Haim Weizmann, l'année de toutes les contradictions. Empêtrée dans le plus terrible des conflits internationaux, embrumée dans les miasmes d'une idéologie nationaliste ainsi que par un antisémitisme nouvellement exacerbé, la diaspora juive occidentale se voit contrainte de se remettre en question face à une Allemagne et une Europe mues par un romantisme frelaté.

Malgré leur profond sentiment d'appartenance à la nation allemande, Haber ainsi que les grandes figures intellectuelles juives qu'il fréquentait furent, lors des premiers signes d'enlisement du conflit, assimilés à une ploutocratie cosmopolite antinationale ne songeant qu'au profit. Ce troisième tome s'attarde sur cette funeste année 1915, où un certain esprit allemand voyait l'héroïsme de ses aigles corrompu par des vautours entraînant la patrie vers sa perte. »



Je ne sais pas du tout si cela porte préjudice à la lecture de cet album mais j’ai découvert la série Fritz Haber avec ce tome, troisième du nom…
Je n’ai pas senti de manque particulier. A mon avis, la lecture peut se faire indépendamment de celle des précédents tomes, même si je pense que les deux précédents épisodes permettent une meilleure compréhension de ce troisième.
Malgré tout, j’ai bien ressenti le manque de Wikipédia à portée de main lors de cette lecture… :face : (site que j’ai dû consulter a posteriori lorsque j’avais l’occasion de descendre dans la salle wifi… :humeur : ) Beaucoup de notions historiques sont nécessaires pour comprendre toutes les références faites dans les dialogues entre les personnages… La lecture de cet album est une lecture exigeante. Elle demande des prérequis ou des recherches, histoire de comprendre ce qu’est le mouvement völkisch, l’Organisation Consul, la BASF, ou qui sont Romain Rolland, Walter Rathenau ou encore Adolf Roth…
Bref, pas de BD-divertissement dans ce Fritz Haber mais plutôt de la BD-documentaire. Le style lui aussi se veut sobre et à l’image des années évoquées… Ambiance sépia et cinéma muet, sans phylactères mais avec des textes rapportés en bas des cases ou dans des cases à part, à la manière des titrages des films muets.




A ce sujet, un extrait d’une critique réalisée par Sud-Ouest : link

Citation:
Par sa technique picturale étonnante : l'auteur, tout en produisant une image très réaliste, utilise une encre sépia pour apporter des contours flous. Il emploie l'eau de javel pour diluer les tons et les formes. Ce procédé donne au dessin la consistance d'une photographie ancienne tout en force et en contraste.



Et David Vandermeulen, s’expliquant sur les raisons d’un tel choix :

Citation:
[…] J'aime le cinéma expressionniste allemand qui n'est plus vraiment à la mode. Cela apporte une autre temporalité, il faut du temps pour comprendre. Je voulais une BD qui se lise lentement, à contre-courant de cette consommation rapide qui s'est généralisée.



Ce troisième tome est également largement ponctué de références littéraires, culturelles et politiques. Plusieurs pages s’inspirent par exemple des Nibelungen qui coupent l’histoire et la narration en lui donnant un souffle qui permet au lecteur de mieux replonger dans la frénésie de l’année 1915 sitôt ce court répit accordé.

A ce sujet, un extrait d’un article de Rue 89 : link

Citation:
Album plus chronologique que les précédents, « Fritz Haber III » reste néanmoins fidèle à l'une des spécificités narratives de la série : au gré des pages, des dessins restituant des scènes des Nibelungen (les nains des légendes germaniques) interrompent le récit. Ce film muet de Fritz Lang, réalisé en 1924, retrace l'épopée médiévale du même nom qui met en scène les exploits du blond Siegfried, détenteur du trésor des Nibelungen.



Citation:
« Le lecteur comprendra dans les prochains épisodes pourquoi ces extraits traversent la série. Dans ce troisième tome, il y a plus de pages qui sont consacrées aux Nibelungen, tout simplement parce que les scènes que je voulais montrer étaient plus longues. J'ai pris mon temps pour les dessiner, par pur plaisir. Ces images constituent des annonces pour la suite, qui donnera plus de place aux moments poétiques. »





Chaque début de chapitre est accompagné d’une citation d’un écrivain, d’un homme politique ou d’un scientifique allemand plus ou moins contemporain de l’époque, et qui enrichit encore la compréhension du chapitre à venir et de l’évolution historique et politique du pays.

« Peu importe la femme, peu importe l’enfant,
J’ai bien d’autres soucis en tête.
Qu’ils aillent mendier, si la faim les tenaille,
L’Empereur, mon Empereur, prisonnier. »

Heinrich HEINE

« Ainsi va le monde : personne ne sait ce qu’on pourra faire un jour des choses. L’ouvrier qui a posé ces vitres ne pensait assurément pas que le plomb pourrait causer un violent mal de tête à l’un de ses arrière-neveux (et quand mon père m’engendra, au diable s’il se demande qui, des oiseaux du ciel ou des vers de la terre, mangerait ma carcasse !) »
Goethe, Götz de Berlichingen

Quant au style de l’écriture en lui-même, les dialogues sont brefs, percutants, mais s’autorisent quelques fois de très beaux passages un peu plus imagés, vecteurs d’émotions intenses qui s’accordent à merveille avec le dessin et l’ambiance de l’album.
Je vous laisse avec ces deux petits extraits…

« Seuls quelques rares buissons retiennent encore de petits halos de gaz fluorescents. Un épouvantable silence s’impose. Dans le no man’s land, on n’entend plus que les bottes allemandes foulant et écrasant la mort. Partout l’on découvre des cadavres d’oiseaux, de lapins, de taupes, de rats ; tous ces animaux qui, pour mourir, ont quitté leurs repaires. »

« C’est dans une époque comme la nôtre que l’on voit à quelle triste espèce animale nous appartenons ! Tout cet héroïsme sur commande me paraît si vil et méprisable… Je préfèrerais être taillé en pièce plutôt que de prendre part à cette abomination ! Le nationalisme allemand est une maladie infantile, c’est la rougeole de l’humanité ! »

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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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