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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 14:33


A tous ceux qui auraient le malheur de penser que la Madame Bovary de Flaubert n’est qu’une œuvre littéraire désuète, Posy Simmonds impose sa variante légèrement modernisée : Gemma Bovery. Variation libre qui nécessite quelques adaptations permettant au mythe de se renouveler et de correspondre plus parfaitement à notre siècle. Si Gemma Bovery, à la manière de sa consœur littéraire, tient un journal intime dans lequel elle épanche ses peines, ce n’est pas ce manuscrit qui nous permettra de prendre connaissance des malheurs et des réjouissances de son existence mais le récit d’un de ses voisins. Celui-ci est un amateur de bons livres et, forcément, le jour où il entend parler de Gemma et Charlie Bovery, il ne peut s’empêcher de penser aux personnages illustres de Flaubert –Emma et Charles Bovary. Le rapprochement est d’autant plus pertinent que la réalité rejoint rapidement la fiction, alors même que Gemma Bovery semble à peine connaître sa quasi-homonyme littéraire.


Après l’enthousiasme débordant de sa découverte de la Normandie, de ses petits villages tranquilles, de ses boutiques artisanales et de ses vastes plaines, Gemma Bovery découvre bientôt l’ennui le plus dévorant –ennui qui deviendra ensuite dégoût puis haine. Charlie écope des plaintes de son infortunée épouse, et l’harmonie de leur couple ne tarde pas à s’étioler. Le narrateur de cette histoire –leur indiscret voisin- est émerveillé par la précision avec laquelle la réalité rejoint la fiction… Ne manque plus que Gemma se dégote un amant. Evidemment, Posy Simmonds ne pouvait pas nous épargner cette coïncidence. Les temps modernes sont ce qu’ils sont : Gemma rencontre l’éphèbe qui viendra la sauver de sa monotonie au Leclerc de Rouen. Flaubert avait su faire plus romantique en son temps.


La question de savoir si le destin de Gemma Bovery suivra jusqu’au bout celui d’Emma Bovary ne se pose malheureusement pas et fait perdre à l’album de Posy Simmonds une partie de son intérêt. En effet, les premières pages nous amènent immédiatement à connaître la mort de Gemma, ceci afin que le lecteur ait accès à ses journaux intimes. Laissés à l’abandon, ceux-ci seront alors découverts par le narrateur. Si cette révélation d’entrée de jeu fait perdre à l’histoire une partie de son ressort dramatique, elle permet en revanche de croiser les points de vue de Gemma et de son voisin –dans le présent et dans le passé-, et d’accéder à une multitude d’interprétations intéressantes.


Pas aussi superbe et racé que le Madame Bovary de Flaubert, ce Gemma Bovery de Posy Simmonds nous amuse toutefois en nous laissant imaginer ce qu’aurait pu écrire Flaubert s’il avait vécu à notre époque. Les tragédies modernes peuvent être tout aussi puissantes que celles qui peuplent notre littérature : il suffit de constater quels imbroglios financiers et sentimentaux découlent des divorces, remariages et familles composées ; et si les amours semblent plus artificiels parce qu’ils se nouent dans des centres commerciaux et connaissent leur point culminant dans des parkings souterrains, ils conservent encore toute leur intensité émotionnelle. Voilà de quoi contenter la curiosité des lecteurs indiscrets qui avaient déjà aimé Madame Bovary

Citation:

C’est bizarre –les Français ont des pharmacies comme les Anglais ont des confiseries- il y en a partout, même dans un trou perdu comme Bailleville. Et partout on se fait bombarder de pub pour le corps –en ville, ça paraît normal, mais pas ici ! Ça me fout en l’air –je suis pas venue en Normandie pour penser aux crèmes pour les fesses.


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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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commentaires

Mo 17/04/2013 22:02

On m'a dit que cet album était d'un meilleur cru que "Tamara Drewe" qui m'avait déçue. A te lire, je vais peut-être tenter de revenir à cette auteure qui m'avait laissé en bouche un fort gout de
déception...

Colimasson 18/04/2013 08:39



Aïe... pas bon pour moi, je voulais justement poursuivre en lisant Tamara Drewe ! En tout cas, ce Gemma Bovery a été une bonne découverte et je n'en regrette pas la lecture. Je pense que tu
pourrais aussi y trouver ton compte...