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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 08:55



Dans le vide intersidéral, aucun son ne peut meubler l’espace. On veut bien le croire. Les bruits qui s’égrènent au cours des premières minutes de Gravity sont perçus à l’intérieur des combinaisons des astronautes. Des voix organiques s’incarnent dans les souffles et les respirations tandis que les voix et les musiques transmises par le biais de la communication radio rassurent les échappés terrestres d’un abandon qui n’est pas complet. La Terre apparaît comme le panorama fabuleux d’un voyage qui n’est pas permis à tout le monde. A la manière de Ryan, cette expérience peut engendrer une angoisse qui prend la forme d’un sérieux à toute épreuve ; à la manière de Matt, elle peut donner des envies de chahuter dans l’espace et de faire des tourbillons spatio-comiques. Trop beau pour durer plus longtemps.



Le silence spatial ne devient bientôt plus qu’une légende. Une balle perdue transperce la navette. Aussitôt, les grands fracas sonores assaillent nos oreilles. Ce n’est qu’un début que les péripéties suivantes ne viendront pas démentir. L’action n’est pas seulement soulignée par un accompagnement sonore discret : elle disparaît presque derrière les envolées tantôt lyriques, tantôt épiques, de chœurs assourdissants qui ne laissent aucune place à l’envol cosmique. Le voyage intersidéral redevient une bête épopée qui se passe dans le ciel plutôt que de se passer sur terre. Les menaces changent de forme et plutôt que d’être menacés par des congénères aux intentions malfaisantes, par des armes ou par des bêtes sauvages, l’espace réserve de mauvaises surprises qui prennent la forme de défaillances motrices, de manque d’oxygène ou d’incendies –mais l’enchaînement de ces évènements et la manière de les surmonter reste globalement la même. Alfonso Cuarron nous ramène sans cesse au plancher des vaches en nous balançant une myriade d’explications en guise d’illuminations pour attardés. La symbolique est grossière et plagie sans vergogne les scènes fondatrices du 2001 de Kubrick ; quant à l’aspect émotionnel, il ne nécessitait pas d’être souligné et surligné par des cris de désespoir dans la dernière partie du film.



Alfonso Cuarron déçoit surtout parce qu’il fait preuve d’une ambition qui reste en-deçà de ses possibilités. La réalisation est fantastique et déploie des prodiges qui font illusion d’un bout à l’autre du film. La perte des repères physiques transmet les sentiments de terreur et de griserie de personnages qui vivent peut-être là leur dernière expérience de vie. En amorce, Alfonso Cuarron nous laisse croire à la possibilité d’un parallèle avec une perte des repères mentaux, qui se justifie par une absence de liens relationnels avec les habitants terrestres. Cette position que représente Ryan, ancienne mère esseulée et sans attaches humaines, semble d’abord devoir être surmontée dans un cheminement spirituel conduit par Matt, mais le développement du film éludera la question en se concentrant presque uniquement sur les sensations physiques des personnages.


Je suis allée voir Gravity sans connaître autre chose que sa prétendue ressemblance avec 2001. Lorsque Ryan dérive et s’envole dans l’obscurité cosmique, j’imaginais revivre un voyage pareil à celui de Bowman. Malheureusement, Ryan est rattrapée par Matt et ramenée à la dure réalité de péripéties incroyablement pragmatiques. Le fond du message de Gravity n’est pas médiocre et fleure parfois de bons accents nietzschéens, mais la démonstration est décevante. Alfonso Cuarron s’avilit pour nous plaire, mais nous plaît finalement moins que s’il avait « lâché prise » en se résolvant à ne pas produire un banal film d’aventures.

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Published by Colimasson - dans Film
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