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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 15:46




Armés de leur Guide du Voyageur Galactique, notre équipage constitué d’Arthur, de Ford Prefect, de Zaphod, de Trillian et de Marvin, reprend sa route. Equipe hautement bigarrée puisqu’elle comprend, je vous le rappelle, un astrostoppeur (Ford), le Président de la Galaxie en fuite (Zaphod), un androïde dépressif (Marvin) et deux terriens rescapés de la destruction de leur planète. D’ailleurs, Arthur, qui fait partie des miraculés de cet anéantissement enrageant (il faut rappeler que la Terre a été détruite pour permettre la construction d’une voie rapide intergalactique), a du mal à concevoir qu’il ne puisse plus jamais poser le pied sur son territoire d’origine. Toutefois, cette destruction n’est pas totalement une mauvaise chose pour lui… Sans cela, qu’est-ce qui aurait pu le pousser à s’arracher de sa planète natale sur laquelle il ne trouvait rien de mieux à faire que de s’ennuyer royalement ? A présent, le voilà contraint à vadrouiller de galaxie en galaxie, aussi simplement que lorsqu’il allait autrefois faire ses petites courses chez l’épicier du coin.

- D’ailleurs, une petite bouffe au resto pour le dîner, cela vous tente mon cher Arthur ?

Après avoir dépassé les stades du Comment (comment manger ?) et du Pourquoi (pourquoi manger ?), se pose la question du Où (où va-t-on bien déjeuner ?). Le Dernier Restaurant avant la Fin du Monde s’impose comme une évidence même si, pour le coup, la question du « où » se double de la question du « quand ». Au voyage galactique à travers les différentes contrées célestes s’ajoute la dimension temporelle, ce qui explique que le restaurant se situe aux derniers instants avant la fin du monde… De quoi éprouver tous les frissons inhérents à l’idée de consommer ici son dernier repas avant que le ciel n’explose en un magnifique Gnab Gib (qui n’est rien de plus que l’inverse du Big Bang). Notre équipage ne restera heureusement pas jusqu’à cette échéance et s’éclipsera de son festin avant de finir lui-même digéré par la gloutonnerie de la fin des temps.

A travers cieux et à travers temps, ce deuxième tome de la série s’amuse des anachronies et des loufoqueries provoquées par les discordances temporelles. Le style, déjà déjanté dans le premier tome, conserve tout son caractère halluciné. Tous les clichés propres au thème du voyage temporel sont évoqués, détournés et transcendés par l’imagination et le comique absurde de Douglas Adams. Au-delà de cette réappropriation des codes propres au genre, il insère également des trouvailles ébouriffantes qui constituent autant de thèses farfelues à des questions cruciales comme l’émergence d’une vie intelligente sur Terre, les origines de l’humanité, les mythes religieux ou l’identité du maître de l’Univers. De quoi faire chauffer les méninges sans ménager la mécanique du rire.
Ainsi, suite à un retour dans le passé, Arthur retrouve avec émotion sa bonne vieille planète Terre du temps où homo sapiens et hommes de Neandertal partageaient encore la même fricassée terrestre. Avec en tête l’idée d’éviter la destruction de la Terre –prévue pour deux milliards et demi d’années plus tard-, Arthur se donne comme mission de catalyser le développement intellectuel de ses habitants en les initiant au Scrabble. Manque de pot, Arthur confond homo sapiens et hommes de Neandertal. De toute façon, le futur comme le passé sont figés et rien de ce qu’Arthur n’aurait pu entreprendre n’aurait modifié l’avenir de la Terre.
Le voyage temporel, combiné au voyage spatial, offre une impartialité et une objectivité des regards telles qu’aucun vieux mythe terrestre n’y résiste, et permet des divagations absurdes sur les questions du langage, de la communication et des pratiques culturelles.

Enfin, j’évoque le point crucial de la série H2G2 : a-t-on trouvé la question qui correspond à la réponse à la Grande Question sur la vie, l’univers et le reste ? Nous aurions pu penser la frôler en rencontrant le maître de l’Univers. Mais celui-ci, gâteux et fou de son minou, ne semble pas la connaître mieux que vous et moi…
Quel bon prétexte pour poursuivre la lecture de cette série… !

Quelques extraits délicieux...

La Vérité est-elle vraie ? Est-elle juste ? Est-elle belle ? En tout cas, elle est au centre des procès intergalactiques :

Citation:
« LE GUIDE EST EXACT. LA REALITE EST BIEN SOUVENT ERRONEE.
Le fait avait conduit à quelques conséquences remarquables : par exemple, lorsque les rédacteurs du Guide avaient été poursuivis par les familles de ceux qui étaient morts pour avoir pris à la lettre l’article sur la planète Tron (dont le libellé était : « Le Hanneton glouton de Tron fait le régal des touristes de passage » quand il fallait lire « Le Hanneton glouton de Tron fait son régal des touristes de passage »), ils avaient argué que la première version de cette phrase leur paraissait esthétiquement plus plaisante, et cité donc en conséquence un poète qualifié pour qu’il vienne témoigner sous serment que la beauté était la vérité et la vérité la beauté, espérant par là même prouver qu’en l’espèce, le véritable coupable était la Vie elle-même, pour avoir failli à se montrer à la fois belle et vraie. Les juges soutinrent ce point de vue et, dans un poignant discours, accusèrent la Vie elle-même d’outrage à la Cour et s’empressèrent donc de la confisquer à tous les membres de l’assistance avant de lever la séance pour aller passer une agréable soirée à l’ultragolf. »



Pour une définition définitive de l'Infini :

Citation:
« Le Guide du Voyageur galactique offre cette définition du mot « infini » : / Infini : plus grand que ce qu’on peut trouver de plus grand, et encore. Bien plus grand, même. Pour tout dire : vraiment incroyablement immense, d’une taille totalement ahurissante. L’infinité est tout bonnement si énorme qu’en comparaison, l’énormité paraît franchement riquiqui. Gigantesque multiplié par colossal multiplié par vertigineusement vaste : tel est le genre de concept que nous essayons d’invoquer ici. »



En découle une définition de la population :

Citation:
« POPULATION : néant.
(On sait qu’il existe un nombre infini de mondes, tout simplement parce qu’il existe une quantité d’espace infinie pour les loger. Tous, toutefois, ne sont pas habités. Par conséquent, il doit exister un nombre fini de mondes habités. Un nombre fini divisé par l’infini est si près de zéro que ça compte pour du beurre, si bien que la population moyenne de toutes les planètes de l’Univers peut donc être considérée comme égale à zéro. D’où il découle que la population totale de l’Univers est aussi égale à zéro et donc que tout individu que vous seriez susceptible de croiser de temps à autre ne saurait être que le fruit d’une imagination dérangée.) »



Vous vous demandiez qui était le maître de l'Univers ? Nous aussi... Mais lisez plutôt les conversations qu'il tient avec son chat :

Citation:
« « Si minou ne mange pas son poisson, j’ai bien peur que minou maigrisse et dépérisse », dit l’homme.
Le doute s’insinua dans sa voix : « Enfin, c’est ce que j’imagine mais qui peut dire ? »
Il lui présenta derechef le poisson.
« Minou doit se dire : manger ou ne pas manger le poisson. Mieux vaudrait, je crois, ne pas me mouiller. »
Nouveau soupir de l’homme.
« Je crois que le poisson est bon mais je crois également que la pluie est mouillée, alors, qui suis-je pour juger ? »
Il laissa le poisson par terre pour le chat et regagna son siège. »



mdr2

Revisitions le mythe du jardin d'Eden... Cette version me plaît beaucoup !

Citation:
« - Le jardin d’Eden. L’Arbre, la Pomme… tu sais, ce passage, tu te souviens ?
- Ben oui, bien sûr.
- Ton espèce de Dieu place un pommier au beau milieu d’un jardin et dit : faites comme vous voulez, les mecs, hein, mais ne mangez pas la pomme. Surprise, surprise, voilà qu’ils la mangent et lui, bien sûr, surgit de derrière un bosquet en criant : « Je vous y prends ! » En fait, ça n’aurait pas fait la moindre différence s’ils ne l’avaient pas croquée.
- Et pourquoi ça ?
- Parce que lorsque tu as affaire à ce genre d’individu, du style à poser un chapeau sur le trottoir avec une brique en dessous, tu sais pertinemment qu’il ne te lâchera pas. Il finira bien par t’avoir au bout du compte. »


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Published by Colimasson - dans Livre
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