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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 13:13





Long métrage ou assemblage de sketches ? Holy Motors prétend détenir une unité mais ne propose qu’une suite désunie de scénettes qui n’ont qu’un point commun : la récurrence du personnage principal –pas très sûr de son identité d’ailleurs puisque chaque partie est précédée par un long et ennuyeux rituel de grimage qui fait bâiller aux corneilles.





Le personnage, M. Oscar donc, serait un homme d’affaires d’un genre atypique. Ses rendez-vous le confrontent à des scènes où il se trouve souvent seul –comme lorsqu’il se grime en vieille mendiante- ou simplement en conversation avec des personnages qui ne semblent aucunement impliqués dans une quelconque situation de rendez-vous –comme lorsqu’il vient récupérer sa « fille » à la sortie d’une fête. Les neuf rendez-vous qui rythment la journée de M. Oscar permettent surtout au réalisateur de pouvoir varier les situations, les ambiances et les thèmes. En prétendant relier les sketches par un fil cohérent, Léos Carax se dédommage surtout de ne pas avoir réussi à ficeler la moindre intrigue vraisemblable. Ainsi, les scènes qui se succèdent sont trop courtes pour que le spectateur ait le temps d’y voir autre chose qu’un simple exercice spéculatif, et trop longues pour qu’il ne ressente pas presque instantanément un profond ennui l’envahir. Les situations nous tombent crûment sur les épaules. Le temps d’y comprendre quelque chose, on passe déjà au rendez-vous suivant.






Pour parer aux critiques justifiées que peut susciter son film, Léos Carax s’accorde un statut de réalisateur expérimental –en fait cache-misère pour réalisateur en manque d’inspiration, réalisateur dispersé qui ne réussit pas à concentrer son imaginaire sur une seule cause. Le résultat est un triste gâchis. On sent en effet que Léos Carax possède une vision du monde originale et qu’il ose prendre des risques dans sa façon de filmer, dans les thématiques qu’il aborde et dans les personnages qu’il met en scène, mais il ne peut se contenter de le faire simplement et on l’entendrait presque hurler, à chaque seconde du film, la supériorité revendiquée de son opinion sur le cinéma quant au reste du monde. Position si suffisante et prétentieuse que la moindre tentative de tordre le cou aux codes habituels du cinéma devient une attaque que l’on sent presque destinée à soi-même.


Passée la surprise relative à la découverte de l’univers de Holy Motors, la progression devient mécanique, répétitive, et les minutes s’égrènent lentement. On quitterait bien la salle avant la fin de la projection, mais le potentiel du réalisateur laisse espérer un retournement qui éclairerait les scènes précédentes. Rien de tel.




Holy Motors se donne les atours de l’avant-gardisme et croit que l’originalité est forcément obtuse et hermétique. Pas question de laisser la possibilité à quiconque ne serait pas Leos Carax de saisir une bribe du message que celui-ci a cherché à transmettre en réalisant son film. Manière prétentieuse d’écraser la pauvre plèbe qui vient se parquer dans les salles de cinéma. Leos Carax semble un peu trop sûr de lui, et après de nombreuses scènes grossières et ridicules, on se sent insulté à la fois pour soi-même et pour le réalisateur. Un résultat décevant dont il ne restera sans doute pas grand-chose…

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Published by Colimasson - dans Film
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