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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 18:09





Premier bon point pour Ursula Meier : proposer comme base de son film une situation simple et pourtant exceptionnelle. Existe-t-il des familles qui habitent, les fenêtres collées à des autoroutes qui n’ont pas toujours été là ? La proposition d’Ursula Meier va plus loin que cette seule interrogation : si oui, comment ces familles ont-elles vécu la transition et l’adaptation à un environnement perdant soudain tout de son intimité et de son calme ?




Home débute à la manière d’un conte idyllique et doucement ironique. Marthe, Michel et leurs trois enfants Julien, Marion et Judith forment la famille idéale, pourtant bien loin des clichés du genre. Ils supportent sans difficulté une réclusion exclusive qui, dans d’autres cas, aurait pu permettre à un cinéaste désireux de s’attarder sur la psychologie familiale de mettre en scène des conflits entre individus devenus dingues et rancuniers. Avec Ursula Meier, la destruction de ce bel équilibre ne proviendra pas de l’intérieur mais sera le fait d’un évènement qui relève presque de la punition divine : en effet, que faire face à la décision de l’état d’ouvrir le tronçon E57 de l’autoroute à côté de laquelle ils habitent ? L’évènement est craint, et puis la première voiture passe sous leurs fenêtres… et les suivantes.




Là encore, Ursula Meier ne verse pas dans la psychologisation plaintive. On sait que cette réouverture va perturber la famille dans son fonctionnement et son équilibre, et pourtant, les premiers jours, chacun essaie de faire comme si rien n’avait changé. Superbe exemple d’intelligence sociale que nous voyons si peu souvent illustré qu’on pourrait presque croire (à tort ?) que Home est un film surréaliste…qui redeviendra bien vite réaliste à sa triste manière puisque la solidarité, l’abnégation et les compromis ne résisteront pas face à cette force puissante venue de l’extérieur. Les voitures embarquent dans leur sillon les mauvais présages d’une société moderne vouée à l’individualisme, à la rapidité, au bruit et à l’agressivité. Les limites de la famille sont éprouvées : son intelligence sociale ne lui sert plus à rien devant son incapacité à s’adapter à des conditions environnementales nouvelles et défavorables.




Home est une sorte de Shining inversé : là où l’isolement produisait l’agressivité dans le second cas, c’est ici la reprise de contact avec une civilisation jusqu’alors contournée qui déclenche la terreur puis la violence. Même dans cette comparaison, Home ne semble pas avoir fini de nous dire l’essentiel. Si la fascination devant le déchaînement de l’horreur semble aller de soi, que peut signifier cette fascination supplémentaire que l’on ressent devant l’image originelle de cette famille en complète harmonie ? Totalement imprévisible, Home ne semble pas avoir d’achèvement véritable et laisse sur un sentiment rêveur qui sied parfaitement à son ambiance surréaliste et inquiétante.

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Published by Colimasson - dans Film
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