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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 13:59



Icare attise toutes les convoitises…
Dès sa naissance, incapable de faire comme tout le monde, il s’est envolé dans les airs dès que son cordon ombilical fut coupé. Un peu plus de discrétion lui aurait peut-être permis de mener une vie relativement tranquille et anonyme, mais le gouvernement est aussitôt informé de ce miracle qui ne le laisse pas indifférent. Précisons que l’histoire se situe dans un futur indéterminé dans lequel, une fois n’est pas coutume, la population se sépare en différentes castes. Celle des hommes-éprouvettes inquiète particulièrement le gouvernement. Eprouvée par sa condition misérable, cette catégorie d’hommes rejetés a récemment tenté de se rebeller en provoquant sans relâche des attentats. Icare, le bébé volant, apparaît alors comme le premier prototype d’une nouvelle caste d’hommes qui permettrait de combattre efficacement ces terroristes. Icare est arraché à sa mère, enfermé dans une serre adaptée à sa taille et observé nuit et jour par des scientifiques.



Le développement d’Icare n’intéresse ni Moebius, ni Taniguchi. Un beau jour, l’homme-volant se déploie devant nos yeux du haut de ses vingt ans. Bien que confiné dans sa serre, il semble heureux car il n’a aucune idée de ce que peut être le monde à l’extérieur et de ce dont les scientifiques et le gouvernement le privent. Alors que la zoologiste Yukiko croit égayer un peu son quotidien en lui apportant un couple d’oiseaux, Icare prend brusquement conscience de sa condition. C’est autour de son sentiment d’injustice et de la rébellion qu’il tentera de mener à bien en compagnie de Yukiko que Moebius et Taniguchi se concentrent particulièrement.



L’état d’esprit de la bande dessinée Icare semble relever davantage des inspirations traditionnelles de Moebius que de celles de Taniguchi, mais l’apport de ce dernier au dessin n’est pas négligeable et donne naissance à une œuvre hybride : du Moebius version Taniguchi –la réciproque marche aussi. Malheureusement, la collaboration semble entraver chacun dans les particularités de son style et donne un travail qui ne semble qu’à moitié abouti. L’aspect science-fictionnel de Moebius est bâclé : on ne sait que très peu de choses concernant cette société qui veut s’accaparer le talent d’un Icare et la rébellion de ce dernier est résumée à un décevant combat entre les forces du Bien et du Mal. L’aspect psychologique propre à Taniguchi n’est pas approfondi : les motivations des personnages sont troubles et aucun d’entre eux n’est particulièrement attachant. Même Icare et Yukiko, censés incarner les « forces du Bien », paraissent ridicules, et ce n’est pas le peu de phrases qu’ils prononcent dans cet ouvrage de plus de deux cent pages qui nous convaincront du contraire : « C’est mignon. C’est mignon, les oiseaux. Mes frères ».

Cet Icare est toutefois sauvé par la beauté de ses dessins. Taniguchi, toujours aussi professionnel pour mettre en place des univers qui lui sont propres, crée des plans quasi-cinématographiques du plus bel aspect. Même si l’on est souvent tenté de se moquer des niaiseries et des simplicités scénaristiques qui aboutissent à une moralité très convenue, on accordera toutefois à Icare le minimum de respect que lui accorde son statut original de prototype de poésie dessinée. A cet égard, on peut bien accepter pour une fois que le propos ne soit pas aussi original que le dessin et la mise en page –ce qui ne fera toutefois pas disparaître totalement une déception tout à fait légitime.


Une déclaration d'amour bouleversante ::


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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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