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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 18:40








Le livre est connu… L’adaptation en film l’est sans doute moins.
Sans avoir lu le livre, mais en connaissant son sujet –la vision d’une mère concernant son fils de 16 ans, auteur d’un massacre dans son lycée aux Etats-Unis- je me suis laissée rattraper par l’adaptation cinématographique. Impossible de comparer les variations ou audaces du film par rapport à l’œuvre originale, je vais me contenter de revenir sur les très bonnes impressions que m’a laissées l’adaptation de Lynne Ramsay. Il faut tout de même faire remarquer que le film n’est pas bavard et qu’il se propose de traduire le livre dense de Lionel Shriver exclusivement en images, regards et phrases lascives. Le résultat est convaincant et permet d’imaginer un certain ton d’écriture froid et lucide.


Il faut qu’on parle de Kévin se propose d’étudier ledit Kévin dans son évolution tout au long de sa vie mais aussi bien avant, lorsque sa mère et son père n’avaient encore aucune attache familiale. Dans une progression qui n’est pas linéaire –et qui peut parfois nous donner l’impression d’être perdu dans la première partie du film-, les confrontations entre un passé sans enfant qui resplendit de bonheur et un présent maternel qui empêche tout épanouissement expliquent déjà bien des choses. Rien de manichéen : Eva, la mère de Kévin –interprétée par une Tilda Swinton très convaincante- essaie tant bien que mal de se réjouir à l’idée d’être mère, mais rien n’y fait et face aux cris incessants de son bébé, confrontée à une fatigue dévorante, elle baisse les bras.




Le postulat est intéressant puisqu’il présente cette dualité de la mère, sans cesse partagée entre l’envie d’aimer son enfant et la haine profonde qu’elle ressent pour lui, comme partiellement responsable du manque affectif de Kévin. Elle n’est bien sûr pas la seule à être mise en accusation : de manière indirecte, le père, qui ne cherche pas à comprendre la détresse de sa femme et qui la décrédibilise aux yeux de Kévin, a aussi une part de responsabilité dans cette situation. La petite sœur de Kévin, qui naîtra dans des conditions plus sereines que son frère, permet également de confirmer cette évidence : ni le père, ni la mère ne sont des parents monstrueux, puisqu’ils auront permis à leur petite dernière de s’épanouir comme tout enfant « équilibré ».





Le film ne permet sans doute pas de s’éloigner d’une accusation simpliste que le livre avait certainement eu davantage de temps d’éliminer, mais parce qu’il parle peu et qu’il suggère beaucoup, il évite cependant de tracer de trop nombreux raccourcis et laisse la part belle à la réflexion du spectateur. Sans avoir lu le livre, on imagine qu’il s’agit sans doute d’une adaptation réussie qui donne envie de découvrir le roman de Lionel Shriver.

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Published by Colimasson - dans Film
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