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18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 11:15



L’année 2010 fut une folie pour Katerine. C’était l’époque où tout le monde reprenait en chœur les paroles délicieusement explicites de sa chanson La Banane –preuve qu’on peut avoir l’air plouc tout en restant gentiment dissident. Hop, hop, hop, ni une, ni deux, Katerine est embarqué pour tourner un film : Je suis un no man’s land, avec sa belle tête dépenaillée en affiche. Il est tout à fait légitime de se demander si ce tour de passe-passe ne relève pas de l’opportunisme commercial.

Heureusement, dans le joyeux monde de Thierry Jousse, il n’est pas d’idées de ce genre qui tiennent –il suffit de le dire. La carrière de Philippe Katerine est à peine évoquée et encore : seulement au début du film. Le grand gaillard sort de scène, enluminé dans son costume à paillettes, et se retrouve aux prises d’une groupie genre mante-religieuse. Moitié séduit, moitié emmerdé, il finit par la suivre chez elle, dans sa maison de campagne. Une fois enfermé dans ses chiottes décorées à son effigie, il se rend compte de la grossière erreur qu’il a commise et s’enfuit par la fenêtre, risquant de se perdre, au milieu de la nuit, à travers des champs et des forêts déserts.

Au petit matin, tout s’illumine. La magie a opéré : Philippe Katerine, sans le vouloir, a atterri dans le village de son enfance. Le chanteur, comme le spectateur, sont désarmés, mais sans doute pour des raisons différentes. Le chanteur parce qu’il retrouve son environnement d’origine intact, tel qu’il l’avait abandonné avec papa, maman, rôti et copains au bistrot ; le spectateur parce que le village nous transmet l’impression dérangeante d’entrer sur un territoire qui aurait été coupé du monde depuis cinq décennies. Tout est mort, si ce n’est la vie purement biologique qui anime les personnages. Contrairement aux héros grotesques filmés dans le Groland (on ne peut pas s’empêcher de faire la comparaison) dont la tristesse n’empêche pas le rire, les personnages de ce film sont tristes mais plats. Ils ne font pas rire, ils n’émeuvent pas : ils existent, tout simplement, ils s’animent et parlent en heure voulue, réduits à une fonction strictement mécanique.



Philippe Katerine aimerait bien se tirer de cet endroit, et on le comprend. Avec sa petite mobylette à quatre sous, il prend la grande route, mais impossible pour lui de passer la côte : Katerine recule, recule, recule…et se retrouve à nouveau devant chez lui ! De nombreux autres essais lui feront comprendre qu’il ne peut désormais plus quitter son village. Métaphore bien chouette pour nous faire comprendre que Katerine a des affaires à régler avec ses aïeux, son rapport à la célébrité et à l’amour, avant de retourner sur la grande scène.




C’est dans l’atmosphère morbide et absurde de son village natal que Katerine se prendra d’agitation pour régler ses problèmes existentiels. Alors qu’on se croyait bien ancré dans l’absurde total et revendiqué, voici que le personnage se mêle à une intrigue mélo à base de maladie, de mort et d’adieux. Comment faire le deuil ? Comment apprendre à porter un regard différent sur ceux de sa famille qui nous sont proches ? En même temps, les copains font la gueule, jaloux de voir quelqu’un qui a réussi dans cet univers de paumés. Nouvelle problématique : comment gérer la célébrité ? comment parvenir à conserver des relations sincères au milieu du marasme commercial? Et enfin, la petite histoire d’amour vient se greffer au-dessus de tout ça, niaise et féérique comme toute amourette des bois jolis.



Ce mélange d’innocence, de simplicité et de burlesque donne au film un charme désuet, mais ne permet malheureusement pas de dissimuler l’intention trop évidente de Thierry Jousse : profiter de l’image décalée du chanteur Philippe Katerine pour le coller dans un film taillé sur mesure. La prise de risque du réalisateur devient minimale, et ce d’autant plus que rien ne permettait déjà, par ailleurs, de distinguer le film de toutes les autres comédies romantiques un peu nunuches.

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Published by Colimasson - dans Film
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