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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 20:49





Appeler les deux protagonistes de ce livre par leur petit prénom, Juliet et Man, pourrait faire croire que nous allons passer un moment de franche convivialité avec deux vieux amis pas guindés pour un sou. Si, effectivement, les deux compères ont l'art de la rigolade, ils ont aussi l'art complexe et maniéré qui leur fait connaître des situations incongrues -d'aucun diraient surréalistes- avec un sérieux et une austérité presque religieuse.


L'analyse de Germano Celant ne vient pas nous rassurer. En une dizaine de pages aussi denses qu'obscures, ce critique d'art italien semble nous parler d'une vie foisonnante et microscopique, parcourant les photographies de Man Ray et invisibles pour le commun des mortels. Germano Celant se laisse porter par son inspiration et, guidé par la volonté de transcender Man Ray, il dote bientôt ce dernier de pouvoirs quasi-ésotériques, qui émanent du jeu entre ombre et lumière :


"Ce sont des lieux de polarité entre forme et informe, matériel et immatériel, qui mettent en évidence la continuelle recherche d'une dialectique, le moteur de l'oeuvre de Man Ray. En particulier, l'ombre ou l'éclairage des visages et des torses, nus ou vêtus, confèrent à l'image une force mystérieuse"



... qu'ils soient perceptibles par-delà les rayographies -qu'on ne nous définit pas par ailleurs...


"Dans les rayographies, il tente de mettre en évidence la motilité de la matière, comme s'il émanait des corps énergie et vie, manifestations d'une force sombre à laquelle il faut se référer pour se débarrasser de tout conditionnement"


...avant de faire de Man Ray le nouveau voyageur de l'éternel :


"Man Ray se pose en nomade sur le seuil de deux réalités, un voyageur entre yin et yang, entre mort et vie, dont le visage bifrons est éclairé sur une face et, sur l'autre, est dans les ténèbres"


Autant dire que la découverte des photos en tant que telles semblera un voyage bien tranquille et commun pour celui qui, ayant lu cette analyse, aura déjà imaginé pouvoir transcender la vie et la mort. Faut-il être un expert de l'art et de la photographie pour partager la vision exaltée de Germano Celant ? Mon pauvre oeil d'amatrice a surtout perçu la forte ressemblance liant le couple Juliet/Man au mythique Pygmalion/Galatée. Certes, Man Ray accepte parfois de se prendre en photo, mais ses poses ne sont jamais celles, statiques et inanimées, d'une Juliet robotisée, statufiée, présageant déjà les figures inanimées des mannequins des années 2000. Cette Juliet existe-t-elle ? On réalise alors que Germano Celant ne nous a rien évoqué sur sa vie en tant qu'être humain. A croire que Man Ray suffit pour lui donner vie -à moins que le peu qu'il daigne lui insuffler suffise à définir Juliet réduite à son rôle de modèle.



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Published by Colimasson - dans Livre
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