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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 10:45



A travers les mangas de Gou Tanabe, le lecteur occidental peut souvent retrouver sa littérature passée au prisme du regard japonais. Cette fois-ci, il en va autrement. Dans Kasane, Gou Tanabe, dont l’œuvre s’est nourrie de multiples adaptations de littérature russe et fantastique (Anton Tchekov, Maxime Gorki, H. P. Lovecraft…), revient sur les œuvres de sa propre civilisation et propose la relecture d’un roman du 19e siècle d’Enchô Sanyûtei, lui-même inspiré d’une légende japonaise Le Marais de Kasane, motif du théâtre Kabuki.




L’histoire se déroule donc à l’époque Edo… Un jeune homme de 21, Shinkichi, est employé comme domestique chez une maîtresse de musique de grande renommée, Madame Toyoshiga. Il s’agit déjà ici d’un miracle en soi puisque cette femme est réputée pour tenir les hommes en horreur et les éloigner aussi souvent que possible de son chemin. Mais Shinkichi fait exception et il semble même, au contraire, qu’il parvienne à lui ouvrir l’appétit. Les liens qui unissent les deux personnages ne tardent pas à se faire connaître dans le voisinage et, pour cette raison, les élèves de Madame Toyoshiga cessent de suivre ses leçons de musique. Fréquenter la résidence d’une femme débauchée serait faire honte à l’honneur d’une famille. Seule O-Hisa, la fille d’un commerçant, continue à suivre ses leçons, mais Madame Toyoshiga craint que cette élève ne lui fasse de l’ombre et ne vienne ravir les préférences de Shinkichi…






On dit que les amants sont comme les tatamis : il vaut mieux les prendre jeunes.



Le charme de cette histoire opère déjà par l’immersion dans un univers qui regorge de mystères et de singularité. Le dépaysement est d’autant plus fort que l’atmosphère typique de la période Edo est propice à la naissance de légendes fantastiques directement ancrées dans le quotidien de la population. Dans la routine la plus ordinaire, les contes rythment chaque évènement ; ils naissent et meurent à chaque occasion, se propageant de bouche en bouche à la vitesse de la rumeur. Lorsque le fantastique surgit, il n’y a pas lieu de s’en étonner : tout le monde avait été prévenu. On peut toutefois s’en effrayer car les légendes qui peuplent cet ouvrage ne poussent pas à la gaieté.
Entre les rapports des hommes les uns envers les autres, tendus et faits de méfiance réciproques, la présence des âmes mortes et les métamorphoses, ce Kasane montre très rapidement tout le potentiel angoissant qui est le sien.

Très fouillé psychologiquement, il ne délaisse pas non plus la beauté du trait et nous offre des dessins d’une précision et d’une finesse remarquable, dans un accord parfait avec la perversité raffinée du premier tome de cette série.



Le dépit de la maîtresse ne faisait que croître et les flammes de la jalousie la rongeaient sans cesse. La fureur empirant, une curieuse pustule apparut sous un œil…

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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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