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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 12:25





Paulo Monteiro semble avoir tellement galéré à assembler les différentes histoires constitutives de son Amour infini que j’ose à peine évoquer les sentiments que celles-ci m’inspirent.


On commence dans le vif du sujet avec quatre pages consacrées au titre éponyme. Un bouc masqué galope sur quelques cases et se noie de contemplation pour une donzelle aux joues roses. Il s’agit d’en arriver rapidement à la conclusion du titre : ô l’amour infini que j’ai pour toi. Après ça, page blanche. Où est la chute ? Y en a pas. Qu’a-t-on appris ? compris ? Rien… Drôle d’apéritif. On continue.


« Ta guerre est terminée » vient heureusement corriger la mauvaise impression laissée par l’histoire précédente. Comme « Parce que c’est ça mon métier », Paulo Monteiro évoque ici ses relations avec un des membres de sa famille –d’abord son grand-père, ensuite son père. Les détails choisis pour représenter leurs rapports donnent une inflexion sensible à ces histoires et ne sentent pas ce chiqué qui nous fera grimacer des pages plus loin. Pause contemplative. Repos du guerrier-lecteur avant le grand maelström de mauvais goût qui va suivre.


« J’irai voir l’aimée », « La chanson du soldat », « Tes lèvres roses » et « Le pendu » se lisent avec beaucoup de souffrance. Non seulement les textes puent l’eau de rose bon marché (« J’emporte avec moi une étincelle de ton regard et le vague souvenir de ta bouche au goût de grenade », « Elles ignorent que j’ai un rossignol à la place du cœur ») mais les dessins viennent encore alourdir le propos avec un symbolisme usé qui sent le gothique façon années collège. Grand embarras du lecteur devant cet avilissement artistique. Paulo Monteiro a voulu faire genre (genre poétique, genre romantique, genre torturé) mais il ne convainc personne.



Si « Au-delà des collines » apporte un peu d’originalité au recueil et passe ainsi pour l’histoire la plus personnelle, « Je reste avec mes blattes » rend au contraire un hommage raté à la Métamorphose de Kafka –comme s’il s’agissait de remplir des cases de blattes pour égaler l’angoisse véhiculée par le maître praguois. Encore une fois, ce n’est pas le texte –du sous-Houellebecq sans ironie- qui améliorera notre ressenti (« Je suis seul avec mes blattes. La plus grosse vient se coucher à mes côtés et pond ses œufs dans ma bouche. Ça me renvoie à ma condition : un morceau de viande qui pourrit… »). Honte. On a envie de dire à Paulo Monteiro : tu n’étais pas obligé de faire ça pour nous plaire.




Pour conclure cet embêtant recueil, Paulo Monteiro a choisi d’intégrer quelques extraits de son journal de travail. On découvrira que si la lecture fut difficile, l’écriture ne le fut pas moins, et que ni la prose ni le dessin ne coulent avec fluidité de l’inspiration de Monteiro (« J’ai dessiné de 2h00 à 5h00 du matin. Mais sans aucune envie. Quelle lutte ! »). On a parfois l’impression d’assister à une entrevue avec un psychiatre, les heures de travail étant méticuleusement soumises à un décompte pathologique. Mais ici encore, Paulo Monteiro ne peut s’empêcher de se regarder écrire, prenant des poses d’artiste torturé ou de vagabond moderne à moteur (« J’ai quitté la maison à 3h00 du matin et j’ai roulé en voiture sans but, pendant près de 2 heures. Rien à voir avec les 400 ou 500 km que je pouvais faire quelques années en arrière. Sans destination. Rien que la route goudronnée et la nuit noire. J’ai trop pensé au livre et je n’ai pas envie de faire ça. La solution c’est de rouler en voiture sans s’arrêter. Ça me semble pas mal… »). Et puis, on tombe parfois sur quelques craintes confirmées (« J’ai horriblement peur que tout ça ait l’air mièvre et mal fignolé ») et on ne peut s’empêcher d’éprouver l’embarras de devoir confirmer Paulo Monteiro dans ses doutes. Il avait visé juste ! Et plutôt que de se corriger, que lit-on à peine plus loin ? « Il faut que j’en finisse le plus vite possible ! » Voilà comment on en arrive sans doute à publier des ouvrages qui ont non seulement fait souffrir leur auteur, mais qui embarrassent leurs lecteurs. Toute cette souffrance productive inspire de la pitié. Pour un peu, on n’oserait presque plus dire que le boulot de Paulo Monteiro ne vaut pas grand-chose. Sauf s’il nous l’autorise…


Le poseur se dessine en train de prendre la pose...


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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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