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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 18:52





Qu’un scénario tel que celui de l’Appât émerge de l’esprit orthodoxe de Bertrand Tavernier est impossible. Pour que son film voie le jour, il lui aura bien fallu l’inspiration du roman éponyme de Morgan Sportès, qui s’est d’ailleurs lui-même abreuvé aux sources d’un fait divers retentissant des années 80. Comme souvent, l’opportunisme fait ses choux gras des crimes et autres faits sordides, pour le plus grand bonheur du milieu cinématographique et des spectateurs, tandis que les inspirateurs véritables –les criminels- paient de plein droit le forfait des meurtres qu’ils ont commis.


L’appât qui donne son titre au film est en réalité une jeune fille, Nathalie. Celle-ci, issue d’un milieu plutôt bourgeois, fascinée par le milieu mondain, ses rêves de gloire et de richesse, vit dans un appartement avec son petit ami, Eric, et le meilleur ami de celui-ci, Bruno. Eric aspire également à la fortune et prévoit de s’expatrier aux Etats-Unis pour ouvrir une chaîne de prêt-à-porter. Mais avant ceci, il lui faut des réserves pécuniaires. Eric ne semble connaître ni la patience, ni le mérite : la belle vie doit venir à lui sitôt qu’il l’a demandée. Et pour cela, l’agenda de Nathalie, qui regorge des coordonnés d’hommes riches avec lesquels elle fricote en soirée, semble être le meilleur moyen de se faire exaucer sans tarder. Dans son rôle d’appât, la jeune fille devra se faire inviter chez ces hommes et faire en sorte de lever tous les obstacles qui pourraient se dresser entre leur demeure et l’équipe de braque du siècle : Eric et Bruno. Souvent, les mises en scène foirent. Lorsqu’elles ne foirent pas, elles dégénèrent.





Ainsi, Bertrand Tavernier, en s’inspirant des conclusions d’un fait divers réel, fait vraiment acte de création en imaginant quelle put être l’existence de ces trois jeunes personnes ainsi que les prémisses de leurs crimes, décelables à travers les éléments de leur personnalité et de leurs conditions sociales. Jamais il ne semble vouloir forcer les traits ; bien au contraire, la première partie du film nous donne l’impression de faire la connaissance de personnages aux caractères certes bien trempés, mais toutefois toujours très crédibles. L’horrible naît de la dégénérescence du commun vers l’inhumain. La transition se fait inéluctablement, mais d’une manière si douce, si tranquille, que le spectateur même se laisse doucement porter par les idées macabres proposées par Eric et suivies par Nathalie et Bruno. Derrière le déploiement de la cruauté de ces jeunes banals, Bertrand Tavernier semble vouloir stigmatiser les dogmes d’une société superficielle et avide de plaisirs rapidement dévorés –d’ailleurs, à peine appréciés.





Ainsi, si nous-mêmes sommes sordides lorsque nous prenons du plaisir à regarder ce film à la fois atroce et fascinant, Bertrand Tavernier nous rassure : nous n’y pouvons rien, et lui non plus, d’ailleurs.

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Published by Colimasson - dans Film
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