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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 14:05


Après l’été vient l’automne. L’année 1979 fut marquante à plusieurs égards pour Hugues Barthes. S’il explique, dans L’été 79, l’apogée alcoolique de son père, la saison qui suit peut se lire indépendamment. L’automne 79 s’attarde moins sur le père que sur le reste de la famille. Chacun essaie à sa manière de fuir l’addiction du père mais chacun est également retenu, avec des degrés d’attache plus ou moins forts, à la personnalité de l’homme qui ne connaît plus que de prompts instants de sobriété.


Ma vie aussi peut être un drame –tel semble être le discours de Hugues Barthes. Sans qu’elle ne soit grandiloquente, on sent que la mise en scène et la narration de l’histoire cherchent à appuyer sur les détails proprement tragiques de cet automne 79. On se laisse porter par la progression des aventures du petit Hugues adolescent : quittant le foyer familial, il est hébergé par sa tante Dominique et son époux à Besançon. La ville lui apparaît merveilleuse et exalte en lui ses penchants esthétiques, tandis que le couple formé par sa tante et son mari lui révèle une forme de normalité enviable. Mais le temps passe, Hugues doit rentrer chez lui et retrouver son père, sa mère et son frère. Le père, malgré ses promesses, n’a pas changé, tandis que la mère sombre progressivement dans la dépression. La ruse employée par Hugues Barthes pour nous intéresser à son histoire fonctionne plutôt bien : son caractère proprement pathétique est compensé par la platitude d’un dessin en noir et blanc au premier degré. Les évènements se succèdent à bon rythme, mais Hugues Barthes semble pâtir d’un manque de matière dans la dernière partie de l’album. Comme bon nombre de dessinateurs autobiographiques, il profite de l’espace laissé libre à la conclusion pour évoquer son processus créateur : pourquoi ai-je choisi le roman graphique ? pourquoi l’écriture fut-elle aussi difficile qu’une psychanalyse ? comment le vilain petit canard est-il devenu dessinateur accompli ? Dans la continuité de la pure tradition tragique, Hugues Barthe nous décrit un chemin d’accomplissement qu’on lira avec le plaisir dévolu à toute fiction, mais aussi avec la distraction qu’on accorde à tout récit un peu nombriliste.




Citation :
- Et un pastis pour le grand.
Thierry, on voyait qu’il était fier de boire son coup. 
- Et pour le petit ?
- Ah oui, le petit c’est le plus petit et pourtant c’est le plus âgé. Mais il boit pas.
- Eh bien alors, c’est triste ! Il veut quand même pas du sirop, comme les bébés ? Il veut quoi alors, une bière ? Du pinard ? Un coup de gnôle ?
- Bon, décide-toi ! Il doit pas être de moi, celui-là…
- Oh, c’est pas gentil pour votre dame !



Citation :
Je continuais à consacrer la plupart de mon temps au dessin. Dans ces moments-là, je me sentais le roi du monde. Ou presque. Mais le plus souvent, je me voyais en Gregor Samsa, ce personnage que Kafka avait métamorphosé en monstrueux insecte.

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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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