Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 10:37
 




Plus je découvre la filmographie d’Eastwood, et plus il me semble que ses films (en tout cas ses plus récents) sont caractérisés par une absence d’identité propre.

La réalisation est classique. Toutes les règles du jeu sont posées à plat dès le début, et les heures suivantes servent à dénouer le nœud de l’intrigue. La reconstitution des décors et costumes de l’époque ne laisse rien à désirer, et se permet même des jeux d’ombres et de lumières qui renforcent l’ambiance feutrée d’un passé fait de bois et de velours. La musique ne m’a laissé aucun souvenir : aussitôt entendue, aussitôt oubliée, preuve qu’elle s’insérait certainement bien dans le film, mais preuve aussi qu’elle ne devait pas être exceptionnelle (qui oublierait le thème de Requiem for a dream ?). Le jeu des acteurs est très professionnel, c’est-à-dire convaincant mais lisse et sans relief. L’émotion inhérente à l’intrigue mise en place se fait sentir, par moments, lorsque le « type » du personnage incarné par l’acteur est rangé au placard le temps d’une interprétation qui ne se dirige plus uniquement dans un travail de démonstration grandiloquent. Dommage que les personnages donnent l’impression de n’être rien d’autre que des moyens de faire avancer l’histoire le plus rapidement possible vers ses rebondissements et son dénouement tragiques.


Eastwood utilise le prétexte d’un fait divers pour illustrer ses thèmes préférés : dette, vengeance, injustices, inégalités. A la limite, ces thèmes constituent la marque de reconnaissance du réalisateur, même s’ils sont vastes et que leur traitement n’est pas particulièrement novateur. Quoiqu’il en soit, Eastwood semble tenir fermement à nous transmettre un message qui lui tient à cœur depuis de nombreuses années. Le désir de se venger et de rabaisser les coquelets imbus d’eux-mêmes et galvanisés par leur pouvoir dérisoire se propage comme un feu de paille de l’écran au spectateur. Et malgré toute la froideur et l’impersonnalité de la réalisation, on s’étonne de se sentir bouillonner à son tour. La transmission de la colère marche du tonnerre. Le film n’est pas manichéen : toute la balance des caractères penche du côté des sentiments les plus vils ou destructeurs ; certains servent à œuvrer pour des causes justes, d’autres œuvrent délibérément pour des causes injustes. Le seul personnage joyeux, c’est le tueur en série, tout goguenard jusqu’à ce qu’il comprenne où le conduit son enjouement dément.


Difficile de comprendre comment Eastwood réussi à communiquer efficacement des émotions aussi extrêmes en s’appuyant sur une réalisation aussi insignifiante et plate… C’est peut-être là que réside son talent : dans l’art de communiquer sans esbroufe avec le spectateur. Mais c’est aussi ce qui peut décevoir lorsque l’on attend du cinéma qu’il nous fasse sortir d’une moiteur quotidienne.

Partager cet article

Repost 0
Published by Colimasson - dans Film
commenter cet article

commentaires