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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 12:04



L’Entrevue s’ouvre à la manière d’une dystopie habituelle, marinée dans une essence de pessimisme ambiant et de fragrances nostalgiques qui rappelleront la révolution sexuelle des années 70.


Au milieu du 21e siècle, Dora fait partie de la nouvelle génération. Celle-ci explore une manière différente de vivre ses sentiments par le biais de la Convention (« La nouvelle Convention se base sur le principe de la non-exclusivité émotive et sexuelle »). Ce n’est toutefois pas pour cette raison que les parents de Dora la dirigent vers un psychiatre –autant dire un autre monde et un autre siècle. Raniero est âgé de cinquante ans et ne comprend pas les fantasmes après lesquels court la nouvelle génération. La compréhension se produira peut-être grâce à l’aide d’intervenants extérieurs, voire extra-terrestres.


Dora et Raniero sont frappés par les mêmes visions. Dans le ciel, des signaux lumineux captent leur attention. Ça n’aurait pu être qu’une hallucination –en vérité, ces apparitions sont réelles. Avant d’être entérinée, l’information n’est divulguée que de bouches à oreilles confiantes. Révéler à autrui que des habitants de planètes lointaines cherchent à communiquer nécessite également une connaissance de l’autre qui relève du sondage d’esprit. Ça tombe bien, Dora affirme également avoir des dons de télépathie et c’est pour cela qu’elle se confie à Raniero



L’Entrevue se passe dans un climat minimaliste et froid, mais pourtant confortable. La modernisation semble achevée et ne cherche plus à se dépasser. Au contraire, le progrès semble ici cheminer vers un retour aux sources, à la recherche du bonheur : dans la communion avec autrui. La Nouvelle Convention et ses préceptes de liberté émotive et sexuelle n’en est qu’une première manifestation. Les confessions d’hallucinations en sont une seconde plus intime. En dernier lieu, la télépathie s’efforcera de réunir tous les habitants de la planète dans une sphère de communion ataraxique.


L’histoire de Dora et Raniero évolue d’abord de manière classique, avec un style sobre et personnel, qui ne laisse pas de côté le plaisir du lecteur. Sans qu’on ne le remarque, Manuele Fior nous transporte bientôt dans une autre dimension : la romance cède place au conte philosophique. L’air de rien, à l’aide de ses dessins et de ses dialogues, il nous balance au visage une hypothèse : le prochain stade de progression de l’être humain sera télépathique. L’Entrevue n’est peut-être qu’un récit symbolique mais ses réflexions sont puissantes. Si Manuele Fior a deviné juste, toute l’Histoire humaine prend un autre sens. L’Entrevue deviendrait alors une Révision émotive et empathique des évènements historiques. De quoi être ébloui…



Citation:
Vous savez, connaître à fond quelqu’un sans pouvoir lire dans ses pensées, ce n’était pas simple. Disons que ça prenait toute une vie, et c’était très douloureux parfois. Certaines réactions inexplicables, démesurées, violentes, façonnaient des personnalités très différentes les unes des autres, presque uniques. Nous avons connu des états d’âme que plus personne ne connaît aujourd’hui.


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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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commentaires

Mo 25/09/2013 06:42

De quoi être ébloui oui ! ^^ Ce livre m'avait transportée en tout cas :) Merci pour ton avis ;)