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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 20:08






Un voyage extravagant ? Oui, un peu, mais il ne le serait peut-être pas si le personnage qui l’effectuait n’était pas le jeune et prodigieux T. S. Spivet…


Issu de la région montagneuse et sauvage du Montana, à l’Ouest des Etats-Unis, T. S. Spivet, à peine âgé de douze ans, décide d’entreprendre la traversée du territoire pour rejoindre Washington D.C. Son voyage n’est pas motivé par l’envie de découvrir du pays –l’environnement du Montana suffit amplement à l’émerveiller- ou à se forger une expérience au contact d’évènements imprévus et déroutants –il n’a pas besoin d’autant pour s’étonner de ce qui constitue sa vie quotidienne- ; mais, convoqué par les organisateurs du prestigieux prix Baird pour tenir un discours sur des notions scientifiques qui le passionnent, il espère entrer en contact avec d’éminentes personnalités du milieu et se forger un nom dans son domaine de prédilection. Espère-t-il ainsi suivre la voie ouverte par sa mère, le Dr Clair ? Elle-même femme de science à tendances misanthropes, observatrice assidue d’insectes, elle s’inscrit dans une lignée de femmes intellectuelles qui feront l’objet d’un récit entrepris par T. S. Spivet dans le wagon de train qui l’entraînera jusqu’à Washington D.C.


Le reste de la famille mérite également le détour : entre une sœur passionnée d’émissions de télé-réalité, un frère avec qui les hostilités amicales ont été ouvertes depuis longtemps et un père grinche à l’accent et aux mœurs typiques du cow-boy dégénéré, les sources d’inspiration cartographiques de T. S. Spivet ne manquent pas. Autour de la progression du récit principal –le voyage menant notre scientifique en herbe jusqu’à la capitale des Etats-Unis- on se régale des anecdotes familiales et des extraits de dialogues qui emplissent les marges.






Là se situe une des particularités typographiques de L’extravagant voyage : non content de nous ébouriffer par l’évocation de son parcours des Etats-Unis en tant que jeune hobo, T. S. Spivet multiplie les renvois dans les marges de son récit. Une phrase déclenche en lui un souvenir ou une réflexion, qu’il illustre ou qu’il fait partager au lecteur dans des développements parallèles. Loin de briser la construction du récit, ces annotations renforcent au contraire la narration. Elles rapprochent T. S. Spivet du lecteur et le font paraître plus réel. Elles renforcent surtout le portrait d’un enfant à l’esprit bouillonnant dont les neurones semblent ne jamais pouvoir entrer en repos. D’ailleurs, s’il pouvait cesser de dormir, quel gain de temps cela lui procurerait-il !


« Dormir avec un œil ouvert ? Quelle idée de génie ! Je continuais à penser que les dauphins étaient plus intelligents que nous et attendaient simplement que nous nous soyons autodétruits pour prendre le contrôle du monde. »


T. S. Spivet est prodigieux, et son voyage est extravagant car l’auteur de son récit, Reif Larsen, est tout aussi prodigieux et extravagant que son œuvre. Il semble s’être investi à l’élaboration de son récit jusque dans les détails les plus précis des anecdotes scientifiques --abondantes et passionnantes- qu’il délivre à son lecteur, avec un engouement à l’égal de celui du jeune T. S. Spivet lorsqu’il réalise ses cartes –manière de s’approprier un monde impressionnant et parfois hostile. Les voyages, l’un réel et les autres imaginaires, s’entrecroisent et se combinent dans la création d’un univers détonnant. On pourrait essayer de cartographier ce livre, mais cela prendrait sans doute énormément de temps !


Pour une cartographie de la solitude :


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Published by Colimasson - dans Livre
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commentaires

zazy 21/11/2012 23:48

C'est un beau livre. J'en avais aimé la lecture. Contente qu'il en soit de même pour toi