Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 14:52



On se croirait chez Kafka. L’ambiance visuelle semble presque plagier l’auteur et pourtant, Kafka n’a jamais accompagné ses livres d’illustrations. Peut-être alors pense-t-on plutôt à l’adaptation cinématographique du « Procès » réalisé par Orson Welles…


Malgré ces ressemblances, le personnage de l’Origine ne se prénomme pas K. mais Julius Corentin Acquefacques. Il n’est pas non plus comptable –bien qu’il travaille dans l’administration et que son rôle ne soit pas des moindres. Au Ministère de l’Humour, il est chargé de mettre à jour le glossaire des blagues et des incongruités tandis que dans d’autres recoins du Ministère de l’Humour, une assemblée d’employés se réunit quotidiennement pour voter l’ajout et le retrait de certaines blagues de ce glossaire.


Un matin, Julius Corentin Acquefacques reçoit un pli contenant une planche de bande dessinée. Rien que de très banal ? A s’y pencher de plus près, cette planche représente en fait la scène que vient de vivre Julius, pensées comprises ! Et surtout, elle porte un titre mystérieux… l’Origine. Dans le monde bidimensionnel de la bande dessinée, ce terme n’existe pas et Julius Corentin Acquefacques va potasser plusieurs dictionnaires et rencontrer plusieurs spécialistes avant de comprendre la signification de ce mot. Entre temps, les planches qu’il reçoit continuent à se succéder au cours de la journée dans des situations plus incongrues les unes que les autres –surpassant parfois Kafka dans l’absurde d’un univers dépersonnalisé, fourmillant, labyrinthique : en un mot angoissant. Ces planches ne se contentent plus désormais de représenter des situations passées mais se font le plaisir de représenter l’avenir, emportant dans leur sillage ces fameuses impressions de déjà-vu que tout le monde connaît.





Comme K., Julius Corentin Acquefacques est un solitaire que sa solitude ne dérange pas. Ce choix de vie s’avèrera finalement être moins anodin qu’il n’y paraît et en apprenant qu’il est le motif de la construction du monde dans lequel il vit –et que nous tenons entre nos mains-, Julius comprend que sa condition n’aurait pas pu s’accorder avec celle d’un autre personnage qui aurait fini par devenir aussi primordial que lui. Avec l’aide d’un scientifique éclairé, Julius Corentin Acquefacques s’initie aux subtilités du concept d’’Origine, un mot qui n’a de sens que dans le monde tridimensionnel et qui est aussi obscur pour lui que les lois de la physique quantique le sont pour la plupart d’entre nous. Il découvre également l’anti-case, dont il peine à comprendre le fonctionnement, et pour en éclairer la pertinence lorsque nous nous élevons à un degré supérieur de la dimension, Marc-Antoine Mathieu la concrétise subtilement dans son album. On aurait envie de rire et de secouer Julius Corentin Acquefacques pour lui faire comprendre l’évidence de ce concept si nous n’étions pas nous-mêmes dépassés par d’autres phénomènes complexes de la science physique –antimatière en tête.





Marc-Antoine Mathieu nous démontre en quelques planches que l’incompréhension du monde que nous habitons consiste justement en ce que nous l’habitons. A l’image de Julius Corentin Acquefacques qui pense en deux dimensions, ce que nous ne comprenons pas est déterminé par notre vision du monde tridimensionnel. La mise en abyme est convaincante, loin d’être simpliste, et couronnée par l’humour glacial du personnage. Ne reste plus qu’à espérer que notre créateur soit aussi talentueux que Marc-Antoine Mathieu…


Citation:
Notre monde est le reflet, la projection émanant d’une entité vivant dans ce monde tridimensionnel. Certains grands penseurs affirment que toutes les recherches et découvertes que nous effectuons sont illusoires car elles-mêmes seraient prévues et feraient partie du projet… Projet voulu par cette « entité créatrice ».


Partager cet article

Repost 0
Published by Colimasson - dans Bande dessinée
commenter cet article

commentaires