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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 13:30



Hommages à Jim Briskin, premier Président noir des Etats-Unis. Encore une fois, Philip K. Dick semble avoir louché avec précision sur l’avenir. Quelques-uns se réjouissent encore de ce qu’ils considèrent être comme un progrès dépassant les ambitions des dernières luttes raciales lorsque d’autres, un peu moins optimistes, ne doutent pas des failles bien plus alarmantes qui menacent un monde en apparence apaisé. Pour qui connait la situation, celle-ci est critique. La planète, menacée de surpopulation, ne survit qu’à l’aide de ses congélateurs dans lesquels sont enfermés dix millions de cryos. L’idéal serait de découvrir une nouvelle planète habitable pour envoyer ce surplus de vie loin de la Terre. En attendant, les cryos servent allègrement de réserves d’organes pour les habitants bien vivants en manque de rein, de foie ou de cœur. Les rumeurs s’ébruitent et prennent peu à peu la forme d’un scandale. Le gouvernement doit réagir rapidement pour régler ce problème, et il ne va pas sans dire qu’une des raisons pour lesquelles Jim Briskin a été élu tient à l’annonce d’une solution radicale : la découverte d’une brèche dans l’espace qui permettrait d’accéder à d’autres mondes.


Comme à son habitude, Philip K. Dick ne nous explique rien et laisse le lecteur comprendre les mécanismes de la planète sur laquelle il a atterri. Les néologismes techniques foisonnent et laissent parfois pantois, dépassé de toutes parts par des éléments critiques qui s’amoncellent pour mieux nous déstabiliser. Est-ce donc ce que ressentent les personnages de Brèche dans l’espace ? Est-ce la raison pour laquelle ils se précipitent sans réfléchir dans les recoins les plus hasardeux de l’univers ? La brèche à travers laquelle ils envoient quelques-uns de leurs techniciens, deux couples cobayes et un mutant à deux têtes, leur révèle de plus en plus d’éléments inquiétants. La colonisation reprend ses droits mais cherche à se donner un autre nom pour n’affoler personne et ne pas faire croire à une régression dans les droits civiques –les droits de l’homme peuvent-ils d’ailleurs s’appliquer aux formes de vie décelées sur d’autres planètes ?


Philip K. Dick introduit les éléments d’une physique imprévisible sur les bases d’une science apparemment irréfutable pour dresser le portrait peu flatteur d’une société qui ne doute plus de ses solutions et qui, par son optimisme forcené et aveugle, frôle les désastres les plus incontrôlables. Pas besoin d’accumulation de faits frappants : Philip K. Dick projette des fulgurances angoissantes. Son livre n’est qu’une autre forme de Brèche dans l’espace permettant de calmer nos ardeurs scientistes.


Citation:
Peut-être pouvons-nous les tuer ? songea-t-il. Leur refiler une maladie par exemple, pour qu’ils tombent comme des mouches.
Il s’en voulait de telles pensées. Mais la chose était claire dans son esprit. Nous avons terriblement besoin de place, se rendit-il compte. Il faut qu’on l’obtienne, et peu importe le reste. Peu importe la manière.


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Published by Colimasson - dans Livre
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