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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 19:22





On le sait depuis longtemps, toutes les raisons sont bonnes pour se convertir à une nouvelle religion, excepté celle de la croyance pure et absolue –qui n’existe visiblement pas. Qu’on soit en période de doute, qu’on se questionne sur le sens que l’on veut donner à sa vie, ou simplement que l’on cherche à plaire à une fidèle, comme c’est le cas pour Kurt Koller, l’adhésion à la foi semble rester le plus pratique des cache-misères. Kurt n’a que 14 ans lorsqu’il assiste à sa première réunion du groupe biblique, animée par le pasteur Obrist. Dans le village, on dit qu’il a dû quitter sa précédente paroisse pour avoir abusé de la crédulité des enfants en plaçant des bougies dans une forêt et en leur faisant croire qu’il s’agissait de manifestations divines. Pour cette raison, son enseignement religieux n’a pas bonne réputation et c’est à contre cœur que les parents de Kurt le laissent assister à ses réunions. S’ils savaient que leur fils ne s’y rendait qu’afin de se rapprocher de Patrizia et de satisfaire un émoi amoureux bien de son âge, peut-être s’inquièteraient-ils moins ? Mais Kurt finit bien vite par se prendre sérieusement au jeu de la conversion religieuse, cherchant à travers Dieu le moyen le plus simple pour atteindre sa dulcinée.






Dans le petit village suisse où officie le pasteur Obrist, les nouvelles se répandent vite et la mère de Kurt tient à le mettre en garde des risques de l’endoctrinement. L’occasion de lancer un débat sur les prétentions de chacun à connaître la vérité : la mère de Kurt, en affirmant que le pasteur Obrist prêche des paroles qui sont fausses, ne commet-elle pas elle aussi cet acte odieux de prétendre avoir raison envers et contre tous ? Kurt, petit à petit, s’éloigne de sa famille, ce que Matthias Gnehm nous fait comprendre en faisant s’égrener à grands blocs les pages d’un calendrier. La solitude du personnage au sein de sa famille disparaît derrière les ellipses, finissant essentiellement à relever du concept à la charge du lecteur.





En réalité, ce n’est pas la conversion de Kurt Koller en elle-même qui bouleversera son existence, mais la proximité qu’elle installera entre lui et Patrizia, permettant des révélations qui précipiteront le petit garçon dans la maturité. Découvertes qui transforment un Kurt Koller naïf et à peine pubère en un jeune garçon prêt à entrer dans le monde un peu glauque des frustrations adultes. On peut dès lors s’amuser des multiples sens attribuables au titre de la conversion, mais le jeu lassera rapidement. La conversion n’a rien de divin et résulte d’une opération transgénérationnelle : il s’agit pour les anciens de faire dégouliner leurs déceptions, leurs croyances et leurs névroses sur les plus jeunes, afin de leur préparer une existence tout aussi compliquée que la leur.





L’histoire, intéressante dans ses grandes lignes, ne parvient malheureusement pas à retenir l’attention tout au long des centaines de pages qui la constituent. Beaucoup de dessins muets s’enchaînent, qui ne permettent pas particulièrement de s’imprégner de l’ambiance cloîtrée d’un village suisse voué aux commérages, et les rares conversations ne renouvellent pas une réflexion sur les conséquences négatives de l’endoctrinement religieux des enfants. Nous devons le reconnaître : le personnage a dépassé le créateur, et le vilipendé pasteur Obrist s’avère finalement beaucoup plus convaincant que Matthias Gnehm lui-même.


Citation:
C’était dans le village qui, autrefois, il y a 25 ans, était considéré par beaucoup comme le plus laid de tout le pays. Pourtant, de cet endroit, ils ne voyaient que l’extérieur, le visage… ou, certes, la grimace. Ils ne voyaient que sa tour d’habitation aberrante construite dans les années septante. Son triste assemblage de maisons individuelles. Les autoroutes qui s’y croisaient. Ils demeuraient bien évidemment aveugles à tout le reste. Seul celui qui avait grandi ici pouvait voir des choses qui demeuraient invisibles au reste du monde.


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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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