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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 09:37



« Depuis des milliers d'années où l'on s'intéresse aux arts ménagers, l'outil le plus parfait, le seul qui ravaude, qui lave, qui épluche les pommes de terres, qui soigne les enfants et qui sourit à son mari, c'est la femme.

Alors n'hésitez pas, achetez une femme ! Il existe plusieurs modèles que nous serons heureux de vous présenter sur les grands boulevards et les grandes avenues de Paris. »

La domination masculine ? Ou la soumission féminine ? A voir ce film, je me pose la question…
Pourtant, Patric Jean, même s’il ne souhaite pas directement exprimer son point de vue dans ce documentaire (ce qu’il fait toutefois implicitement par le choix des séquences qu’il décide de montrer), semble pencher du côté des femmes. Quel dommage alors, et quelle incohérence, qu’il dénonce les situations d’injustice vécues par les femmes avec autant de condescendance et avec une sorte de paternalisme qui, une fois encore, renforce cette « domination masculine » qui donne son nom au documentaire. Mais peut-être s’agit-il d’une erreur de compréhension de ma part ? Peut-être Patric Jean ne souhaite-il rien dénoncer du tout, et peut-être souhaite-t-il tout simplement faire l’étalage de quelques preuves qu’il a réussi à accumuler sur le sujet ?




Il n’empêche, j’ai trouvé certaines scènes dans lesquelles Patric Jean essaie d’expliquer l’origine de cette « domination masculine » qu’il ressent dans notre société plutôt dérangeantes.
Lorsqu’il se rend à un speed-dating et qu’il demande à deux ou trois femmes ce qu’elles attendent de leur conjoint et ce qu’elles pensent pouvoir leur apporter, il sélectionne les réponses des plus cruches comme représentatives de l’état d’esprit de la majorité des femmes (il me semble pourtant que les règles du jeu sont faussées dès le départ avec ce type d’entretien car il faut détenir une idée de l’amour particulière pour se rendre dans ce type de lieu de rencontre).
Les femmes au foyer sont considérées comme des victimes, bonnes femmes décérébrées qui auraient reçu un lavage de cerveau dès leur plus jeune âge à force de lectures stéréotypées ou de jeux profondément sexués. Cette explication pourrait éventuellement être prise au sérieux si le cantonnement des genres à un certain type d’activité était un phénomène récent, mais au contraire, il tend de plus en plus à se réduire. D’ailleurs, plus loin, dans le film, Patric Jean évoque la tuerie de l’Ecole Polytechnique de Montréal en 1989, et en profite pour signaler la hausse croissante de l’intégration des femmes dans les milieux scientifiques, qui n’est pas pour plaire à tous les hommes. Alors, retour dans les ménages ou accès aux professions prestigieuses ? Malheureusement, Patric Jean oublie de parler de la répartition des tâches à la maison. Avoir un poste à haute responsabilité et devoir s’occuper de la popote, des gosses et du ménage une fois de retour chez soi, est-ce vraiment plus épanouissant que de travailler à mi-temps, dans l’exercice d’une profession moins valorisante, voire pas du tout ?




Les interviews d’épouses brimées par leur mari possèdent elles aussi un aspect dérangeant. Encore une fois, je ne conteste pas le contenu des propos de ces femmes, qui sont révoltants, mais la façon dont Patric Jean choisit de les mettre en scène. Longs plans sur des regards au bord des larmes, soupirs, nervosité…passent encore, mais était-il nécessaire de conclure ces entretiens par la succession d’images sanguinaires, où l’on voit ici une femme rendue inhumaine sous une couche de bandages, là un corps étalé au sol, recouvert de sang, et plus loin le cou d’une femme recousu avec du fil ?

Je trouve cela dommage que Patric Jean ait donné un ton aussi condescendant à son documentaire. Les femmes sont de pauvres petits êtres fragiles qui se battent pour obtenir sans cesse plus de droits, mais que peuvent-elles vraiment faire sous le joug de la domination masculine ? Tendres et sans défenses, mues uniquement par des sentiments de douceur et d’altruisme, Patric Jean les cantonne dans leur rôle de soumise éternelle.




Malgré ce message un peu contradictoire, la plupart des témoignages et des documents regroupés dans ce film sont intéressants et méritent d’être considérés pour leur valeur propre. Quant à savoir si ce film relance un quelconque débat, difficile de trancher… La domination masculine ne propose aucune conclusion pour mieux permettre à son spectateur de se faire sa propre opinion (toutefois fortement influencée), mais aussi, peut-être, parce qu’il a abordé le sujet d’une manière très superficielle…

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Published by Colimasson - dans Film
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