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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 15:45





La mort dans l’âme, nous l’avons tous car, comme disait Edward Bellamy : « La vie est une maladie sexuellement transmissible ». Mais il est certaines personnes pour lesquelles cette vérité apparaît de façon plus flagrante que pour d’autres. Ainsi en est-il pour M. Vanadris : atteint d’un cancer généralisé dont la masse totale culmine à 3kg –excusez du peu-, il est interné dans un centre de soins palliatifs. Son fils, qui semble être la seule famille qui lui reste, vient régulièrement lui rendre visite entre deux projets de voyage avec sa femme, bientôt mère de leur enfant. Autour de ce joli contraste de personnages, symboliques de l’opposition entre Thanatos et Eros, nous sera évoquée l’évolution de la maladie de M. Vanadris comme prétexte à un débat sur l’euthanasie et le droit des hommes à disposer librement de leur vie –et donc de choisir le moment de leur mort.

Le parti pris de Sylvain Ricard semble tout d’abord radical et rend d’ailleurs la lecture très désagréable. M. Vanadris se fait le porte-parole des opposants au système médical. Rageur parce qu’il n’espère rien du centre de soins palliatifs qu’il intègre, et parce qu’il est également désarmé face à l’inextricabilité de sa situation, il se monte sous ses pires aspects. Il est bien difficile pour le lecteur de sentir la moindre compassion vis-à-vis de ce personnage qui représente le refus de l’acharnement thérapeutique. Si sa légitimité quant à cette position est entière, puisqu’il est, après tout, le principal concerné, ses arguments sont inconsistants et s’organisent sous la forme d’une révolte PIE : Puérile, Ingrate, Egoïste. Devant l’aide qu’on lui propose et les attentions qu’on lui fournit, son visage reste figé, ronchon, et ses lèvres crispées ne s’ouvrent que pour siffler ce genre d’accusations culpabilisantes : « Un tuyau. J’ai commencé une collection. Il n’est jamais trop tard » ou « J’ai l’impression d’être un pantin que les médecins manipulent à leur gré ». Même si cette attitude de rejet semble parfaitement compréhensible, son illustration est si grossière qu’elle aurait de quoi faire perdre la face aux partisans de la mort noble –celle qui se pratique en pleine souffrance, sans l’aide de la morphine ni des soins palliatifs.





Le fils de M. Vanadris apparaît d’abord comme une extension au comportement de son père. Le voyant souffrir de sa situation, et se sachant inutile pour l’aider à surmonter cette ultime étape de sa carrière, il élude rapidement ses premières visites au sein du centre de soins palliatifs et déverse sa rage à l’extérieur, l’évacuant sur des êtres humains qui ne sont aucunement responsables du cancer de son père ni de son incapacité à mobiliser suffisamment de courage pour traverser cette épreuve.




M. Vanadris et son fils vont essayer de comprendre ce qu’il leur arrive –même si le premier ne souhaite pas particulièrement faire évoluer sa façon de penser- en se confrontant à un psychologue, à un curé et à des médecins. Si on aurait préféré que le discours religieux ne nous bassine pas pendant des heures avec un discours pseudo-révolutionnaire en fait très convenu (« Si la vie est un don, alors je peux en disposer comme je le souhaite », et patati, et patata…), les conversations avec les médecins constituent la bonne surprise de cet album. Jusque-là, M. Vanadris et son fils vivaient leur expérience avec l’intensité de personnes déstabilisées par les évènements de la vie et réagissaient en conséquent, avec une violence injustifiée et ridicule ; les médecins viendront modérer le propos et corriger un discours qui restait jusqu’alors vraiment trop simpliste. Enfin, un peu de mesure et de sagesse dans les idées. Certes, ce n’est pas là ce qu’on peut exiger de deux personnes confrontées à la mort mais, après tout, nous lisons une fiction, et si celle-ci est incapable de nous apporter davantage que la réalité –pire, si elle caricature cette réalité !- alors, quel en est l’intérêt ?


Le décalage entre l'expérience de M. Vanadris et ses propos est parfois surprenant. La psychologie peu fouillée des personnages donne l'impression que ceux-ci ne servent qu'à illustrer une thèse :

Citation:
- Dans quelques jours, une semaine ou deux au plus, tu ne vas plus me reconnaître.
- Qu’est-ce que tu racontes ?
- Ce que je veux dire, c’est que je ne ressemblerai plus à ce que tu connais. Je sens mon corps devenir quelque chose qui n’est pas moi, que je ne veux pas être. Et puis avec les doses de morphine qui augmentent, je vais avoir des phases où moi non plus je ne te reconnaîtrai plus. Ils me l’ont dit. Et ce n’est pas l’image que je veux que tu gardes de moi. Je sais que c’est idiot, que c’est presque de la coquetterie, mais j’y tiens.




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Published by Colimasson - dans Bande dessinée
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commentaires

Mo 15/02/2013 23:52

Globalement, tu es déçue. Il faudrait que je le relise, j'ai le souvenir d'une émotion forte en fin de lecture... En revanche, j'ai totalement oublié le rôle des médecins dans ce récit. Je ne
gardais en mémoire que le travail de préparation à la mort du père et l'amorce d'un travail de deuil du fils

Colimasson 16/02/2013 06:58



Déçue oui, à cause de cette impression que les personnages ne servent qu'à illustrer des thèses. Leur psychologie est crédible, mais ramenée à des traits grossiers, et c'est dommage.


Si tu dois relire tes anciennes BDs, ma pauvre, tu n'es pas sortie de l'auberge ! :P