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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 09:52



Que faire lorsqu’on n’a pas envie de se remuer les neurones et d’écrire un texte qui ait du sens ? On invoque l’excuse facile de la folie, et c’est parti : plus on foncera droit dans le décor, et plus il sera permis de crier au génie. En tout cas, c’est bien commode puisqu’avec son personnage de fou à lier, Carrère peut se permettre d’initier une histoire dans la première partie de son livre sans même se soucier de la poursuivre ou de lui donner un semblant de conclusion. Sans doute le laissa-t-elle à court d’idée car, à mi-chemin, Carrère saute abruptement à une seconde histoire, maladroitement reliée à la première, et qui ne s’avèrera finalement pas plus convaincante que la précédente puisqu’elle tourne en rond sur des dizaines de pages avant de s’achever, enfin, sur une conclusion réjouissante à la fois pour le lecteur (qui en a marre), pour le personnage (qui n’attendait que ça depuis le début) et pour l’auteur (qui va enfin pouvoir arrêter de perdre son temps).

« Ah, si j’étais fou… » devait se dire Carrère, et, bercé par les fantasmes qu’il nourrit à ce sujet, il se lance dans une histoire censée évoquer le trouble mental qu’il définit par une rationalité froide (mais que nous savons erronée, puisque issue d’un esprit dérangé) et par une personnalité à double tranchant qui se tourne soit vers l’amour le plus glauque (voir les scènes d’amour qui donnent envie de vomir) soit vers la haine la plus facile (« je vais fusiller ce type et ma bonne femme »). On retient quelques bâillements…
Bien sûr, le fou croit être le seul être humain à l’esprit sain. Et lorsqu’il décrit ses congénères, qu’il suppose être ravagés par le trouble mental, il résume en quelques lignes la vision que Carrère se fait de la folie :


« Les fous semblaient paisibles, leurs hôtes pas mécontents de ces revenus locatifs qui avaient l’avantage de tomber tous les mois, à coup sûr, de ne pas risquer de se tarir, car leurs pensionnaires restaient jusqu’à leur mort. Chacun vaquait à ses occupations, un des malades, depuis vingt ans, écrivait sans trêve la même phrase pompeuse et dépourvue de sens, une autre berçait des baigneurs en celluloïd, changeait leurs couches toutes les deux heures, se déclarait heureuse… En voyant le reportage, il avait pensé, c’est horrible, bien sûr, mais comme on trouve horrible la famine en Ethiopie, sans se représenter Agnès assise sur les marches d’un cabanon, au fond du jardin, répétant d’une voix douce que son mari n’avait jamais porté de moustache […]. »


L’idée d’une prise de tête conjugale basée sur le motif de la moustache recelait un bon potentiel humoristique, en tout cas de quoi se lancer sur une histoire de frappadingues réellement tordue, pas sur cette espèce de livre pathétiques et dégoulinant, qui s’apitoie sur le sort de quelques malencontreux poils. D’accord, la folie ne choisit pas l’objet sur lequel elle s’acharne, d’accord, la folie est un sujet qui peut mériter un traitement solennel, mais un traitement solennel ne peut en revanche pas se satisfaire des raccourcis et des stéréotypes que Carrère s’évertue à assener à chaque page de son livre.
Toute cette longue histoire de moustache se développe et se conclut de manière décevante, sans jamais réussir à susciter le moindre sentiment. Le style d’écriture est banal, et même si Carrère tente parfois de faire des incursions dans l’esprit de ce qu’il s’imagine être un psychopathe de la moustache, on a surtout l’impression de patauger en pleine caricature. Ce livre ne décrit pas l’histoire d’un fou, elle décrit juste l’histoire de la bêtise et dans son style, elle est parfaitement réussie.

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Published by Colimasson - dans Livre
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