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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 14:11
 






Pour une Musica deuxième, il fallait au moins une Musica. Les deux pièces peuvent se lire indépendamment mais le lien qui les unit semble toutefois important. Ainsi Marguerite Duras, dans les textes pour la presse, rappelle-t-elle la genèse de ses Musica. Un couple en instance de divorce se retrouve après l’audience dans le hall d’un hôtel. Ils parlent. L’action est réduite à quelques piétinements et des jeux de lumières parfois plus éloquents que les personnages eux-mêmes. Dans la Musica, ils semblaient s’être quittés dans la première partie de la nuit. Dans cette suite, la discussion se prolonge :


« Mais cette fois-ci, ils ne se quittent pas au milieu de la nuit, ils parlent aussi dans la deuxième moitié de la nuit, celle tournée vers le jour. Ils sont beaucoup moins assurés à mesure que passe leur dernière nuit. Ils se contrediront, ils se répèteront. Mais avec le jour, inéluctable, la fin de l’histoire surviendra. C’est avant ce lever du jour les derniers instants de leurs dernières heures. »


Marguerite Duras résume ainsi sa Musica deuxième. La tristesse et la résignation laissent parfois échapper quelques élans de colère ou de vieille passion, pas totalement disparue dans le méandre des frustrations. Qui mène le bal ? Monsieur le meurtrier ? Madame la suicidaire ? Que donnent deux petites individualités meurtries lorsqu’on les coince ensemble longtemps, dans une même vie étriquée et jalouse ? « Est-ce toujours terrible ? Toujours ». Le ton ultra-dramatique nous en convainc, mais s’affaiblit par sa même omniprésence. Du début jusqu’à la fin de la pièce, les personnages se donnent l’air de martyrs de l’Amour. Le masque de la tragédie les emporte loin de la réalité. Leurs mots, rares et avoués du bout des lèvres cèdent leur place à un faciès grimaçant. La Musica deuxième est un éloge au désespoir, au plaisir de patauger dans le marasme et de se voir répandre des traînées de boue autour de soi.


L’amour n’est pas toujours le sentiment idyllique qu’on veut nous vendre. Nous en connaissons cet aspect depuis longtemps déjà et Marguerite Duras ne réalise qu’une redite de cet acquis de longue date. Ainsi, cette Musica deuxième ne provoque aucun écho particulier, ni n’éveille d’interrogation nouvelle. « Je ne supportais pas votre infidélité alors que moi je vous étais infidèle. Vous le saviez ? » Sans doute… mais en fait, cela n’est guère passionnant.



Citation :
LUI, rit aussi.

Je vous ai suivie. Je suis rentré dans le cinéma. On jouait un western que vous aviez déjà vu avec moi… Vous étiez seule. Vous étiez assise dans les premiers rangs… personne n’est venu vous rejoindre… Le soir, vous ne m’avez rien dit de ça… et je ne vous ai posé aucune question… C’était le printemps il y a trois ans… vous étiez déjà triste quelquefois… Le lendemain, après le déjeuner, je vous ai demandé si vous deviez sortir. Vous m’avez dit que non, et vous êtes sortie. Je vous ai encore suivie. Vous êtes allée aux courses, vous étiez seule encore une fois. Je n’avais rien soupçonné de pareil… (Un temps.) J’ai commencé à souffrir d’une souffrance que je n’avais jamais encore connue.


*peinture de Magnus Zeller

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Published by Colimasson - dans Livre
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