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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 11:36



Qui savait qu’au royaume des anges, on se délecte des vapeurs d’alcool qui s’échappent jour après jour des fûts ? C’est ce qu’apprend Robbie lors de la visite d’une distillerie que son éducateur Henri l’a invité à faire, en compagnie d’autres camarades de travaux d’intérêts généraux.

Robbie a été condamné à ces travaux après une énième bagarre qui a mal tourné. Cette tentative de remise sur le droit chemin est d’ordre vital pour lui car de sa bonne conduite dépend non seulement l’avenir de son casier judiciaire, mais aussi celui du foyer qu’il vient de former avec sa compagne et leur fils nouveau-né. Mais malgré toute sa bonne volonté, Robbie est poursuivi par le fléau de la violence (ce n’est d’ailleurs pas sans rappeler le topo d’A history of violence de Cronenberg), représenté par Clancy et sa clique de fidèles serviteurs, bien décidés à ne jamais permettre à Robbie de faire ses preuves en tant que nouveau citoyen modèle. On sent là une critique du système propre à Ken Loach, dénonçant des rouages qui enferment les individus dans leur condition sociale.



Pour rebondir sur ce constat sans verser dans une gravité irrémédiable, Ken Loach propose à son personnage de s’émanciper en exploitant jusqu’au bout son identité de délinquant. Alors que Henri souhaitait lui ouvrir de nouvelles portes en lui faisant partager sa passion pour le whisky, Robbie ne trouve rien de mieux à faire que d’exploiter son talent nouvellement découvert dans le domaine (un nez raffiné prompt à poser un nom sur un assemblage de fragrances) pour s’amasser une petite fortune. Celle-ci lui permettra de mettre les voiles et de fuir les bastons au sein desquelles Clancy cherche sans cesse à le mêler.



En fermant les yeux sur cet artifice de la révélation soudaine d’un nez digne des plus vieux connaisseurs de whisky, il faut avouer que La part des anges est un film plaisant qui se regarde le sourire aux lèvres, et qui n’oublie pas de procurer au spectateur sa portion d’angoisse. Cela n’empêche pas toutefois de jeter de trop nombreux coups d’œil à sa montre… En effet, entre la découverte de l’univers du whisky et le grand braque du siècle, le temps passe lentement. La faute sans doute aux personnages, tous présentés comme de gentils petits schtroumpfs travailleurs, plus victimes que responsables de leur sort : Robbie subit la violence d’une troupe déchaînée (dont aucun membre ne sera jamais interpellé), Mo la kleptomane souffre davantage d’un trouble psychique que d’une véritable envie de nuire, et tous sont plus ou moins rongés de la cervelle, et justifiés de leurs comportements illicites par leurs capacités intellectuelles réduites. Les rires idiots, les beuveries-morves et les discussions de haute volée autour de Mona Lisa constituent ainsi un autre des ressorts importants de cette comédie. On l’a donc compris : pas de quoi se tordre de rire… Quant à la critique sociale, rien de nouveau sous le soleil : nous vivons dans une société inégalitaire, à chacun de tirer son épingle du jeu. Pour sa part, Ken Loach se débrouille avec ce petit film qui dose savamment tension et rire, mais qui ne se donne pas la peine de proposer davantage. Peut-être, justement, parce que Ken Loach a réussi à tirer son épingle du jeu depuis longtemps déjà ?

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Published by Colimasson - dans Film
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