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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 11:53





La Religieuse de Guillaume Nicloux n’est pas un personnage profond et réaliste auquel il sera donné de s’attacher. C’est bien simple : dans 50% de ses apparitions à l’écran, on la voit en train de dormir ; dans les 50 autres %, on la voit en train de pleurer, de geindre et de gémir par monosyllabes. Et cette complainte malheureuse est portée par une actrice qui peine à prendre son rôle au sérieux (peut-être n’a-t-elle pas tort d’ailleurs). Son texte est récité comme une poésie, le ton forcé, et ses mimiques se résument à des froncements de sourcils grotesques.




L’adaptation du roman de Diderot semble avoir pâti de raccourcis et d’ellipses qui rendent le film souvent incohérent. Certaines explications font défaut, sans doute parce que Guillaume Nicloux s’intéresse peu à ses personnages et ne cherche pas à rendre leur comportement légitime aux yeux du spectateur. Ainsi, si la première intégration de la Religieuse au couvent se solde par un échec et un retour au bercail parce qu’elle y a été envoyée contre son gré, on aurait pu imaginer que sa seconde entrée au couvent, volontairement accepté cette fois, se serait déroulé différemment ; mais non, on a l’impression de revivre la même scène, ce qui aurait pu nous être épargné sachant que ce film pèche par ailleurs par sa longueur.


Comme je trouve que cette pensée de Nietzsche convient bien à de nombreux films, je l’applique particulièrement au cas de la Religieuse :


« […] l’artiste s’est avili à ses propres yeux et n’a pas même pu s’empêcher d’en rougir : nous avons honte avec lui, et sommes offensés de sentir que c’était à cause de nous que l’artiste croyait devoir s’avilir. »





Ici, Guillaume Nicloux s’avilit en se roulant dans la boue de la misère et du désespoir. Il en rajoute des tonnes : dès le premier jour de son entrée au couvent, Suzanne menace d’être détruite par une religieuse « possédée », puis la Mère meurt, projetée dans un puits, ensuite ce sont des brimades, des humiliations, du chantage sexuel… Certes, cela a pu exister, mais l’accumulation et la rapidité de la succession de ces évènements à l’écran semblent uniquement justifiées par l’envie de choquer le spectateur –tout du moins de provoquer en lui de petits remous de dégoûts censés l’ébranler du haut de son confortable fauteuil de cinéma. Mais cela ne marche pas. Parce qu’on s’ennuie, parce que rien n’est crédible, parce que les personnages ne semblent pas humains ni même vivants, il peut bien leur arriver tous les malheurs du monde : ceux-ci ne suffiront pas à dissiper notre honte de nous être avili en même temps que Guillaume Nicloux.

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Published by Colimasson - dans Film
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