Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 20:39




En survolant le monde, Yann Arthus-Bertrand a vu défiler sous ses yeux de larges étendues d'eau. Avec ce documentaire, il se consacre exclusivement à ce qu'il considère non plus comme un paysage mais comme une denrée rare. Après un calcul étrange dont nous ne comprendrons jamais les prémisses, il nous affirme que la quantité totale d'eau potable utilisable par l'humanité représente seulement le volume du lac Baïkal. Mais qu'est-ce que cela veut-dire ? Est-ce un chiffre fixe pour une année ? Y inclut-on également la consommation industrielle ? Yann Arthus-Bertrand ne juge pas utile de nous donner plus de précision. Il se contente de frapper les esprits en assénant cette statistique qui fait se profiler l'image alarmante d'une humanité assemblée autour du lac Baïkal pour y laper ses dernières réserves.


La soif du monde est à l'image de ce genre de ce cliché foudroyant. Il importe moins d'informer que d'alerter et pour cela, tous les moyens sont bons. Yann Arthus-Bertrand cherche à faire pleurer dans les chaumières et ne trouve rien de mieux qu'une plaidoirie larmoyante constituée des pires clichés du genre pour attendrir l'homme à l’œil sec qu'il imagine se trouver en face de lui. On sera étonné de voir que les conflits qui intéressent le photographe sont réduits à une dimension quasi-familiale. La moitié du film se focalise sur le cas de l'Afrique. Que les africains n'aient pas accès à l'eau potable par manque de forages ou qu'ils polluent leur eau par manque de commodités, une seule solution semble s'imposer : la venue de l'homme blanc civilisé. Un coup de forage, et l'eau jaillit du sol pour abreuver un village ; un décret de l'ONU et la visite d'éducateurs occidentaux, et tout le monde se précipite à l'intérieur de toilettes individuels plutôt que d'utiliser les fougueux mais malpropres toilettes volants. Après un petit détour en Asie, Yann Arthus-Bertrand ose mentionner, du bout des lèvres, la possible responsabilité de l'industrie dans la pollution globale de l'eau -mais c'est aussitôt pour ramener son insalubrité à l'ignorance des peuples sous-développés. Regardez-moi ces dégoûtants d'asiatiques qui boivent de l'eau à même la rivière... Heureusement que les occidentaux viennent leur apprendre les bonnes manières.


La soif du monde est un film aux intentions louables mais ces dernières servent surtout à dissimuler une culpabilité qui n'ose pas se révéler. Le rôle de l'industrie dans la pollution des ressources en eau mondiales est évoqué à quelques reprises dont la durée dépasse à peine celle des images subliminales. Il est presque indécent de dire que ce film est un documentaire. Il s'agit tout au plus du rêve d'un occidental qui aimerait se débarrasser de sa mauvaise conscience.

Partager cet article

Repost 0
Published by Colimasson - dans Film
commenter cet article

commentaires